24/05/2011

Marre

            J’en ai marre, voilà, et pis c’est tout !
            Leur dernière, la voici. En deux mots.
            Le Parrain de la plus importante de leurs innombrables Mafias – c’est ainsi qu’ils nomment les diverses fraternités, associations, groupes d’entraide et d’intérêts mutuels qui se partagent chez eux le pouvoir – vient de tomber.
            Ce qui en clair veut dire qu’ayant sous-estimé la possible indépendance de la dernière institution parfois civilisée, qu’on appelle ici La-Justice et qui possède un vague rapport avec le Conseil des Anciens il s’est fait arrêter.
            Pour simplifier, citons l’adage populaire local qui affirme qu’ »ils » finissent toujours par commettre une erreur. Ce qui est donc le cas de ce brave homme, « Padrone » d’une organisation dont la fonction principale est l’extorsion de fonds au niveau planétaire, en échange d’une promesse de protection.
            Et donc, pour le moment et pour quelques jours, la structure sociale des Humains  se retrouve complètement mise à nu. Spectacle époustouflant, d’autant que le Parrain en question devait prochainement devenir président d’une de leurs plus grandes nations, connue en particulier pour n’avoir jamais été complètement soumise depuis la conquête romaine.
            Bref, bref, bref, ils sont un peu embêtés et font des efforts désespérés pour que ça ne se voie pas trop. « Ils », je veux dire par là le groupe de quelques milliers d’individus qui constitue l’oligarchie.
            Les autres –ceux du Peuple- , on leur a fait prendre depuis longtemps l’habitude de ne jamais regarder la lune, mais seulement le doigt qui la montre. Et puis même...
            Rien d’étonnant de toutes façons que le « Capo » d’une organisation dont le mode normal de fonctionnement est le viol des peuples appauvris, se retrouve accusé de tentative de viol d’une soubrette descendante d’esclaves.
            C’est dans l’ordre des choses.
            La chose vraiment très étonnante dans cette histoire, c’est que l’un des Grands Chefs se retrouve, ne fût-ce que quelques heures, en compagnie des plus pauvres qu’on prive de liberté pour n’importe quelle broutille.
            Et bon, j’aurai dû, en bonne logique, écrire quelque chose là-dessus, expliquer les tenants, le aboutissants, le contexte, et tout, et tout, pour bien leur expliquer, comme vous continuez à régulièrement m’y inviter, là où ça va, là où ça ne va pas, pour, en fin de compte, éviter une crise cosmique majeure. Qui est déjà là, d’ailleurs.
            Mais franchement, vous vous rendez pas compte. C’est « Mission Impossible », et sans filets.
Impossible, radicalement impossible.
            Ils ne comprennent, en fait, rien à rien, et moi j’en ai marre.
L’exil sur une planète de cet acabit - je dis bien, exil, ça n’a rien à voir avec des vacances- est loin d’être une sinécure !
            Avez-vous déjà essayé de marcher avec des caligaioú trop justes non d’une pointure, mais de trois ? Vous dites « pas pensable pour nous ». D’accord. Nous préférons marcher pieds nus dans les douces prairies où se blottissent nos hameaux. Mais imaginez !
            Et s’il ne s’agissait que de chaussures ! C’est bien pire que ça !
            Il faut, ici, se mouler dans un scaphandre total, une armure, non seulement trop étroite pour te permettre de bien respirer, mais te coupant, te séparant de plus de la moindre sensation vitale, de la moindre tendre pulsation, du moindre pétillement joyeux –ces derniers ayant de plus une foutue tendance à se raréfier sur cette infortunée planète – pour ne laisser en définitive qu’un corps quasiment moribond, en proie à l’isolation sensorielle la plus féroce, où ne subsistent que quelques vagues sensations colorées stagnant au fin fond du cerveau.
            Sensations tellement faibles, sises dans un écrin de souffrances, qu’on pourrait les prendre pour des illusions, mais qui servent néanmoins de terreau au système de manipulation le plus subtil et le plus impitoyable qu’on ait jamais vu dans notre coin perdu de la galaxie ! J’exagère ?
            Je vous prouverai que non. Notre tactique habituelle de prise de contact avec les cultures à risques est ici vouée à l’échec. J’en viendrai presque, dans mes moments de déprime, à comprendre les motivations de ceux qui disent souhaiter une intervention galactique. Qui ne ferait d’ailleurs, probablement, qu’aggraver la situation. Imaginez qu’ils fassent sauter leurs centrales nucléaires ! !
            Mais pour l’instant, je vous le dis franchement, j’ai plutôt envie de vous remettre ma démission et de rentrer au bercail, et qu’ils se débrouillent !

Publié dans Moa-Jeu | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : dsk, fmi |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

Il serait temps, alors, cher chercheur, de remettre au point vite fait LA méthode pour rentrer au bercail.
Parce que nous autres, ici, nous crèverons comme des mouches dans pas longtemps.
Vous me direz qu'ils ont perdu la détestable habitude qu'ils avaient de brûler nos ambassadeurs et nos observateurs en les traitant de sorciers.
Mais ça ne veut pas dire pour autant que ça se soit amélioré pour nous ici ! D'abord, il semble que nous soyons plus sensibles que la plupart d'entre eux à toutes les cochonneries mortifères qu'ils ont mises au point ces dernières décennies. Et ensuite, nous sommes à ce point peu nombreux et dispersés qu'il nous est virtuellement impossible de nous entraider à conserver notre vitalité. Beaucoup d'entre nous ont déjà payé un lourd tribut à nos missions sur cette planète...

Écrit par : Marie-Luce | 16/06/2011

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