18/08/2011

Don't Move, You F... Sheep !

        Je suis assis sur un banc, devant la gare, et je fais ce que font les prolos sur le temps de midi : je grignote mon casse-dalle.
        C’est un passe-temps assez courant dans les classes laborieuses, et, en l’occurrence, il s’agissait de Taboulé de chez Ladil©, le moins cher et qui fait pas mal au ventre après.
       Précisions. Le temps était au soleil, chose rare, et je m’étais assis à l’ombre, non loin de ces bizarres colonnes fluo qu’ils ont installées devant les gares, va savoir pourquoi, je soupçonne pour ma part les classes dirigeantes de s’adonner en secret à quelque culte sataniste dont nous sommes les brebis vouées au sacrifice, ce que l’actualité récente ne dément pas vraiment.
       Donc…
       Je mange.
       Sur le banc d’à côté, une dame, et un gamin.
       Assez jeune, la dame. Le gamin, du côté des six ans, sept à tout casser.
       L’âge où, rien à faire, ça bouge, et c’est bien la preuve, là, que Dieu est grand.
       La dame, par contre, ça bouge pas. C’est imposant. Énorme. Immobile.
       Et j’en viens perfidement à me dire que la dernière fois qu’elle a bougé, ça devait être voici six ou sept ans, vu l’âge du gamin. Du coup mon ange gardien  m’agite sous le nez un doigt réprobrateur.
       Bon. Je me replonge dans ma gamelle de chez Ledèze®, je mâche bien, en laissant mon regard errer sur le ciel lumineux, les colonnes fluo, les hirondelles qui se rassemblent, la couleur des feuilles, les belles qui déambulent, tout ça…
        « Bouge pas » !.Un ton sec, haineux. Ça vient du banc d’à côté.
        « Bouge pas, je te dis ! »
       Le gamin veut se lever, courir, gambader, faire ce que font les gamins bien portants, quoi.
        « Je te dis de pas bouger… !! »
       Là, c’est moi qui ai peur. L’injonction vient de si loin, d’un espace si sombre, si plein de frustrations, de haine profonde, viscérale, de tout ce qui bouge, vit, palpite, est chargée de tant de haine, de colère que j’en frémis.
       Et les claques suivent. Le gamin pleure…
       Cinq minutes après, il est hors de portée, court sur l’esplanade…
       Et la mère de replonger en une mortelle immobilité …

       PS : Je dédie ce billet à Lord Voldemort Cameron, à tous ses émules dont le mot d’ordre est « ne bougez pas », et surtout à tous ceux et toutes celles qui refusent d’obéir…

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