31/01/2012

Résolutions

"Au commencement était le verbe"
C'est bien vrai, ça, et depuis le commencement, le véridique début, on essaie bel et bien de le faire taire.
Serait-ce donc qu'il n'a rien à dire, ce verbe-là ? Ou bien, simplement, qu'il risque de fissurer le cocon de vos certitudes ? Vos. Les vôtres. Parce que les miennes, hein....!
Bon. Ceci pour vous dire que, finalement, je me décide à faire comme tout le monde. M'étaler, comme vous le faites tous sur Fécebouque.
Comme vous tentez de le faire sur Touitteur, bien qu'en moins de 150 caractères ce fût un rien plus difficile.
Comme vous le faites ailleurs, à longueur de pages virtuelles qu'on n'arrive même pas à lire parce que l'écran crève les yeux.
Je ne me fais pas d'illusions. Ou plus. Trop fatigant à entretenir, les illusions. Inutile encore d'essayer de dire quelque chose.
Non. Si je tape encore sur ce foutu clavier, c'est rien qu'à cause du verbe qui essaie de sortir.
Essayez voir de garder une colombe ou une langue de feu prisonnière dans votre poitrine, pour voir. Moi, je renonce.. Je lâche. J'arrête de me battre.
Oué, ma bonne dame. Oué, mon bon Monsieur.
Des résolutions, on appelle ça.
De bonnes résolutions pour l'an de grâce 2012 qui est censée se terminer définitivement avec le reste du bidule en forme de patate sur lequel nous vivons, aux environs du solstice d'hiver.
Et ceux qui voient là une manipulation supplémentaire du Djihad libéral ne sont rien que de mauvais esprits, des gibiers de potence ou de futurs clients des Blouses Blanches spécialisée en rectification du comportement.
Résolutions, donc.
D'abord, je ne serai plus jamais sincère.
La sincérité, c'est mal. Très mal.
Surtout, si en prime, cette sincérité exprime des choses justes. Et vraies.
Là, on frôle le péché mortel. De quel droit peut-on se permettre de raviver les souffrances de son Prochain ?
Ne vaut-il pas mieux de toujours dire ce qu'il attend qu'on dise ?
Et le conforter dans son illusion de bien-être ?
De plus, la sincérité - ce fléau - crée le vide autour de soi.
On se méfie des gens sincères. Des gens transparents.
On ne les invite jamais.
Au bistrot, et dans les cours de récréation, ils se ramassent des gnons dans la figure. Non. Finissons-en avec la sincérité.
Et dans la foulée, réglons son compte à l'innocence, heureusement devenue rarissime.
Ensuite, j'apprendrai à mentir.
Le mensonge est le phare lumineux qui ouvre le chemin flamboyant de la réussite sociale. Mentir, c'est bien.
Il faut commencer par se mentir à soi-même. A se flatter. A s'aduler. Bien sûr, quand on fait partie de ces malheureux qui n'ont pas l'habitude, c'est difficile. Mais faut bien un peu se forcer dans la vie.
On n'arrive à rien si on ne fait pas d'efforts, et le mérite est toujours récompensé.
Voilà. Ça, c'était pour le premier mensonge.
Je vais prendre tout cela pour une ascèse.
Mon premier pas vers l'Austérité qui ouvre les portes du Paradis
Ma conversion à la rigueur de l'Ego tout-puissant.
Et je serai enfin, comme toute personne normale, Narcissique.
Je ne parlerai plus que de Moi.
Moi, Je, Myself, et Moi-Même.
Je me vautrerai dans la contemplation de mon nombril. J'interrogerai comme un oracle mon miroir, et le reflet de mon reflet, et ce à l'infini. Et je m'esbaudirai à chacune de mes créations. En particulier au moment, déchirant entre tous, où il faut tirer la chasse d'eau.
Et enfin, peut-être trouverais-je l'autoroute cosmique qui fera de moi un élément socialisable, comme tous les autres.
Amen.

 

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