06/03/2012

Quatre mars Douze, Missive

    -Tu fais quoi, là ?

    -Ah tiens ? C’est toi qui la poses, ce coup-ci, la question ?

    -Ouais, bon, passons. Je vois bien que t’es en train d’écrire un truc...C’est pour ton blogue, au moins ?

    -Une lettre.

    -Une.. ? Un mail, tu veux dire ?

    -Un courriel. Ecrit à la main. Après, je le mettrai dans une enveloppe, je mettrai dessus un beau timbre à septant-cinq centimes, plein de couleurs, et je taperai tout ça dans une de ces belles boites rouges en voie de disparition, là.

    -Et ?

    -Bon. Peut-être y aura une réponse, peut-être pas. Je parierais pas là-dessus. C’est qui, qui disait ; « pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »  ?

    -?? ! ? – Eh ?! C’est moi qui pose les questions .

    -Ah ? C’est nouveau, ça ! Et depuis quand ?

    -Depuis que tu as décidé de t’en foutre, justement. Remarque, j’ai rien contre. C’est plus reposant.

    -Alors voilà. Moi, je préfère la main à la machine. La main, elle sait ce qu’elle fait. Elle est vivante. Elle est magique. Elle va son chemin, elle trace, elle dessine, elle fignole, elle peaufine, elle revient, elle caresse. Elle crée. C’est elle qui parle. Parfois, elle écrit. Parfois, elle taille un rosier. Parfois, elle fait de la musique.

    -Et à qui tu écris ?

    -C’est limite indiscret, ça, non ?

    -À peine ! À une femme ?

    -Pas toujours. Parfois, c’est à un journal. Parfois, à un site ouèbe. Parfois, c’est pour jeter à la mer, dans une bouteille. 

    -Et ton blogue ?

    -J’en ai un peu marre, je dois dire.  Oqué, on s’exprime, comme tu disais l’autre fois. Mais on exprime quoi, au juste ? Sa réalité, son vrai vécu vivant, ou ce qu’on suppose qu’il faut dire pour arriver au top ?

    -Réponse évidente, Watson. Tu dois parler de toi. De ce que tu fais. Du nombre de sucres que tu mets dans ton café. De ce que tu vois dans ton miroir. De ce qu tu penses de toi-même. Moi-je, toujours. Du rosier que tu viens de tailler, mais là, tu dois dire que tu t’es griffé. Et puis de cul, bien entendu.

    -Font chier avec leur Q. Je rêvais d’autre chose.

    -Pour ça, y a les spécialistes. Appointés. Diplômés, bien entendu. Ceux qui pensent, qui philosophent. Ceux dont on diffuse les liens, parce que c’est tellement comme-il-faut, ce qu’ils racontent. Ceux qui sont capables de répondre aux questions toutes faites que les médias nous mettent en tête. Ceux qui ont le bon profil. Si tu veux réussir, tu dois apprendre à avoir le bon profil.

    -Comment on fait ?

    -Y a des de trucs, sur le Marché. Développement personnel. Yoga du rire. Massage tantrique. Danses primitives de la Papouasie Occidentale. Chamanisme. Ambiance conviviale. Contacts humains assurés...

    -C’est gratuit ?

    - Si c’est ....? ! ? – Bon, on est pas sortis de l’auberge, là ! ! !

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