13/03/2012

Douze Mars Douze

        -Bon. Alors donc, c’est dit, je me remets à écrire.

        -Je vois ça. Primo, c’est pas la première fois que tu nous la sers, celle-là.

Deuzio, est-ce que tu serais capable de t’en passer ?

Et, troizio, je vois que pour l’instant tu tiens un cigarillo dans la main gauche et un verre d’amaretto dans la droite. (...) .

Et j’en vois pas de troisième. De main, je veux dire.

        -Oui, bon. Je cherche l’inspiration.

        -Vlà autre chose. L’inspiration, aneûte. Oufti. Le cigarillo, ou le verre ?

        -Les deux. Puis c’est pas n’importe quoi. C’est de chez Couvreur, à Corbion-sur-Semois.

        -On fait de l’Amaretto, sur la Semois ?

        -Crétin ! Des cigarillos. Très bons. Et du tabac à rouler, aussi, mais qui a un peu tendance à tapisser les poumons. Avec le peu d’air qu’il nous reste, faut faire gaffe, quand même.

        -D’abord, on n’insulte pas son caûtche. Ensuite, tu parlais pas d’inspiration ?

        -Son quoi, t’as dit ?

        -Son caûtche. « Scie-aûw-éy-scie-heytche, coach ». Ça veut dire « guide, maître spirituel, entraîneur, » en novlangue.

        -Tiens ? A mon boulot, c’est comme ça qu’on appelle les chefs, maintenant.

        -Tu l’as dit. Donc, tu cherches l’inspiration. Fastoche. Un, tu inspires, deux, tu expires.

        -Tu sous-entends quoi, là ?

        -Imagine.

        -( Silence )

        -Non. Rien à voir avec les supposés dangers du tabac. Y a pas un flic qui t’a dit une fois que t’allais chercher midi à quatorze heures ?

        -Suis pas près de l’oublier, celui-là !

        -Bon. Raconte. Ta vie. Le vent. Les nuages. Les arbres qui frémissent. Les premiers merles. L’aubépine qui t’a truffé d’épines alors que t’essayais de lui faire comprendre qu’elle envahissait un rien trop. Le chat. Des trucs comme ça.

        -Hier. Au crépuscule, je suis resté dix minutes à écouter le silence, à boire la lumière, à sentir cette onde infiniment douce qui vient se lover dans la poitrine, au retour du printemps. Jusqu’au moment où les néons ornage ont commencé à me faire la morale. Tu crois que ça peut se raconter, des trucs comme ça ?

        -Sais pas. Vaut le coup d’essayer, quand même. Les seuls combats perdus d’avance sont ceux qu’on ne commence pas. Tiens, sers-moi un coup.

        -Et un cigarillo ?

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