18/04/2012

Au temps des cerises...

Soyez bref, qu’ils disaient.

On vous met un clavier et un écran, à disposition, pour vous entraîner.

M’entraîner à quoi, en fait ?

Raconter n’importe quoi ?

Tout le monde le fait.

Dire des choses essentielles ?

Tout le monde s’en fout, d’abord .

L’essentiel, c’est d’être bref.

De noircir le plus vite possible et avec le moins de coquilles possible une page d’écran.

De réagir, illico subito, à la moindre variation de l’indice cérébro-spinal décortiqué par les rubriqueurs patentés de l’immensité Ouebienne.

Désert pixellien…

Sans commentaires.

Sans dialogue.

Comme tout un chacun, seul devant son électrosmog bleuté s’imaginant tenir quelque part un fil conducteur.

Une présence.

 

 

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Invisible. Virtuelle. C’est à dire fantasmée.

Non. Si vous avez suivi jusqu’ici, ne cherchez plus le moindre sens.

Y’en a pas.

Je fais de la figuration.

Il y a , ici, peu importe où c’est, un dehors.

Celui-là bouge. Vibre. Vit.

Il passe en peu de temps d’un vent piquant, chargé d’effluves marins, à une pluie abondante qui réveille la peau, et décharge les cheveux de toute l’électricité statique que ces foutus écrans y ont posée.

Il passe du gris au bleu, du bleu pâle au sombre, et parfois d’une trouée le soleil se déverse.

Soleil printanier.

Appel à vivre.

Et d’un coup éclatent les étincelles.

Étincelles de vie, jaillissant sur le pseudo-bois du pseudo-fonctionnel mobilier d’ahanage, se pourchassant dans un joyeux désordre, disparaissant en moins d’i-un seconde pour rejaillir de plus belle, transformant en toile de Van Gogh l’horizon délimité de la Sainte Production.

Appel à vivre.

Un moment. Une pause. Le vent dit « stop ». La pluie dit « arrête ».

Ecoute. Ce qu’ils veulent définitivement fazire taire.

Ton cœur.

Tes sens.

Ta perception, la tienne.

Pas celle d’un gadjette électrique censé te dire ce que tu dois ressentir.

Pas celle d’une éminence grise perchée sur sa montagne, qui ridiculise tes pauvres mots sous le poids de sa science.

Qu’en est-il du printemps ?

Qu’en est-il du temps des cerises ?

Qu’en est-il des lèvres rouges et charnues d’un amour de rencontre, quelque part sous un cerisier au cœur de la Provence ?

Que reste-t-il de nos émotions ?

Ils disent que nous ne sommes qu’un ensemble aléatoire de réactions chimiques et électriques.

Ils nous l’assènent tous les jours, sur tous les modes connus, du fond de leurs cerveaux désséchés comme de vieilles noix.

Ils disent : « résignez-vous ».

Soleil à nouveau, en temps réel. Ou peu s’en faut.

Je dis, moi, que le soleil nous parle.

Que le vent nous parle.

Que la sève printanière nous gonfle le cœur.

Que l’amour partagé nous laisse éperdus de reconnaissance envers l’univers entier.

Que le temps des cerises revient.

Et que les belles auront, à nouveau, la folie en tête….

 

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