23/04/2012

Vingt-et-Un Avril – La grotte aux Fées

-Quoi de neuf ?

-Merde ! Tu m’as fait peur. Tu pourrais pas passer par la porte, comme tout le monde ? Et sonner, d’abord. Ça se fait, sais-tu !

-Pis quoi encore ? D’abord, t’as commencé par un gros mot.. On peut pas dire de gros mots sur Internet. C’est Mal.

-Eh Oh ! On est pas sur Internet, là, je te signale.

-Et on est où, alors, selon toi ?

-Moi j’appelle ça un « nomane slaneude ». Une gâtine. Un pays intermédiaire. Une lande baignée de brumes grisaillantes et mystérieuses.

-Toi, tu as forcé sur l’Orval.

-Toujours ces insinuations, hein ! Tu finirais par me rendre raciste. Faudrait savoir. Déjà que j’ai du mal à me laisser aller ! Puis si tu veux un Orval, tu te sers. Pas la peine de te dire où est la cuisine.

-Bon . Et c’est moi qui insinue, hein ?

[ Bruits divers, dans le registre bouteille qu’on débouche, pchiit, verre contre verre, pétillements mousseux, bois de chaise sur dallage fraîchement nettoyé, puis roulage de clopes et pierre de briquet, flamme, fumée... ]

-Ah !

-La question, c’était donc petit a , quoi de neuf, petit b, où est-on ?

-Et j’ajoute un petit c : qui parle ? parce que là, le lecteur va se perdre.

-Merde ! T’as raison !

-Bien joué !

-Plaît-il ?

-Oui. Celui qui dit des gros mots, c’est toi.

-Ah ouais ? parce que toi, jamais, peut-être ?

-Chte l’ai djà dit ! Moi y en a caûtche de toi. Caûtche, ça civilisé, ça causer correct, ça raffiné-raffiné, ça...

 

 

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-Je reviens à ma lande...

-C’est bien ! Tu progresses. Il faut apprendre à couper la parole aux autres.

-Dur, pour un timide.

-Je sais. Mais c’est que comme ça qu’on y arrive.

-Personne sait ce que c’est que d’être timide. Sauf les timides, bien sûr. Qui par définition n’en diront rien.  On est coincé, dans sa peur de faire souffrir l’autre, de lui faire mal, de le blesser, de la choquer. Et du coup, on bouge plus. On fait plus rien. On n’ose même pas regarder les femmes, dans la rue. De peur qu’elles sentent notre regard comme une agression. Paradoxal, à notre époque de puritanisme pornographique.

-Et... ?

-On n’ose pas être naturel.. On essaie d’être « comme il faut », et c’est sans espoir, puisque les comportements obligatoires ne sont décrits nulle part. Le naturel, c’est mal vu, de nos jours ; Très très mal vu. C’est devenu obscène.. Alors que les fantasmes pour nous les plus obscènes sont présentés comme « allant de soi ». Mais je parlais de ma lande. De cette lande, envahie de brumes et l’instant d’après éclatante de couleurs.

-Comme le temps.

-Oui. On sait pas où on va. Tous les courants convergent vers le centre de cette lande, où se dressent des mégalithes oubliés. Et...

-Vas-y !

-J’ai découvert une vieille, très vieille inscription, sous une allée couverte, près de Tours. À Saint-Antoine-du-Rocher, ou du Rosier, je sais plus trop. La « Grotte-aux-Fées », qu’on l’appelle. Un dolmen encore en activité, visiblement, et à l’entré duquel on annonce que des « cérémonies » druidiques s’y sont maintenues jusqu’en 1989.

-Et ça disait quoi ?

-« Bienvenue chez les Fous ! », tout simplement.

 

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