28/08/2012

Rédaction -Les Quatre Zéléments

[ Tiens, on va leur donner un nom, pour une fois, aux protagonistes. Cyrille et Méthode ; par exemple. Cyrille est assis à une table, genre table de cuisine. Il se tient la tête. Devant lui, une feuille, encore en grande partie blanche. Comme à son habitude, Méthode apparaît. Paf, comme ça . ]

        -Bon, ben, qu’est-ce que tu fais, là ?

        -Ça se voit pas ? J’écris.

        -T’as pas l’air bien luné, là....Ça serait-y que je dérange ?

        -À peine...T’arrives ici en courant d’air, tu fous tes pieds boueux dans le courant de mon inspiration, tu souffles en outre la flamme de mon génie, et je parie qu’en plus t’apportes rien à boire.

        -Là, tu te trompes. J’ai amené un Bourgueil.

        -Rouge ?

        -Non. Rosé. Pourquoi ?

        -Question d’inspiration, de nouveau. Le sang de la terre, tout ça...

        -Le sang de la ... ? ! ?. Bon. Je vais chercher des verres.

[Bruits communs de chaises remuées, de tiroirs ouverts dans un concert de couverts, tire-bouchon se mesurant au liège, et « mops ! » final et triomphant, clapotis guilleret d’un liquide s’épanchant dans le verre, et verres s’entrechoquant enfin dans une volonté partagée de fraternité cosmique, ce genre de choses...]

        -Alors ?

 

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        -Ouais. J’explique. Je participe à un truc.

        -Un truc ?

        -Ouais. Un stûte. Une espèce de concours.

        -Un concours ? Toi ?

        -D’écriture. Ben ouais. Un peu de sérieux. Si je veux sortir de ma province, passer à la télé, voir des gens comme-il-faut, des femmes faciles, et les vacances au soleil en prime, faut assurer. Suivre les filières établies. S’adapter, quoi. ! Et jouer le jeu de la cooccurrence.

        -Grands Dieux ! [ Un soupir, suivi d’un long silence. Et d’une gorgée de Bourgueil rosé. Il poursuit. ] Et tu fais ça sans prendre l’avis de ton caûtche, ici présent, je te signale ?

[ Silence boudeur en face ]

        -Bon. Fais voir, au moins !

[ Cyrille lui tend quelques feuilles, manquant au passage de renverser son verre. Dont il s’empresse de boire un coup, on ne sait jamais. }

        -« Rédaction : les Quatre Zéléments « . Pourquoi, rédaction ?

        -Bon, c’est pas ça que c’est ? Parlez des quatre éléments. J’ai pas tout bien lu, faut dire, j’ai du mal sur les écrans et le chef était là, j’ai pas pu l’imprimer.

        -Bon. Mais faut pas dire « rédaction ». On va te prendre pour un guignol, ou, pire, pour un paysan qu’a mal digéré l’école. Enfin, voyons.

[ Il lit un peu. Commence à sourire. Cyrille s’inquiète, se tortille sur sa chaise, puis, d’in ton assez pincé ;]

        -C’est drôle ?

        -Je sais pas trop. En un sens, oui...

[ Il relève la tête ]

        -Tu comptes vraiment envoyer ça ?

        -Ça quoi ?

        -Attends. Je lis. « Dans le Flux Cosmique du Vivant, l’onde primordiale m’emporte. Éparpillé en étincelles palpitantes, je m’éveille feu, et océan. Air, et lumière. Terre, et vent. 

Terre, sagesse et méditation.

Feu, joie et pétillement.

Sang, sang, Feu et Océan.

Vent, vent, chant de l’air renouvelé. »

        -Ouais. Et alors ? C’est pas vrai, peut-être ?

        -Alors... ?

[ Méthode boit un coup. Se roule une clope. L’allume. Tire dessus sans se presser. ]

        -Tu as entendu parler de cette tribu gauloise où le barde finit toujours les banquets ligoté à un arbre – et bâillonné, en prime ?

        -Vaguement...

[ Il hausse les épaules ]

        -Faut essayer, non ?

        -Ouais. Mais si tu rates le banquet, tu rates les femmes aussi, mon gars. Faut réfléchir. ..Ils vont trouver ça ringard.

        -Et après ? On est des Vieux Ringards, non ?

        -N’empêche. Vont te dire qu’ils n’attendent rien, mais surtout, c’est pas ça qu’ils attendent, et ça c’est sûr. Ça, c’est du Grand Guignol et en plus c’est bâclé...

        -Alors ?

        -« Pa vin ket klasket, vin kavet. « Quand on cherche, on ne trouve pas. Tu es plus inspiré quand tu râles.

        -Comment ça ?

        -Le sang de la Terre. Les pieds boueux. La flamme du génie, ça se discute, soi dit en passant.

        -Le pinard ?

        -Bien sûr ! Quoi de plus ésotérique que le vin ? S’il y a un Graal où fusionnent les quatre éléments, c’est bien celui-là, non ?

        -Tu crois ?

        -Tu sais pas ça, peut-être ? Sa couleur, d’abord. Le sang de la terre. Cliché, si tu veux, mais bien oublié dans notre puritaine époque. Le feu volcanique, la Vouivre de l’inspiration qui te gonfle le coeur,  et  éparpille les bornes de ton quotidien au vent de toutes les idées folles qui étincellent dans la nuit. ..Et au final de l’ivresse la sagesse de la Terre qui t’invite à la méditation, couché sur Elle , les bras ouverts à l’Immensité...

        -Mais on peut pas dire des trucs pareils. C’est pas politiquement correct.

        -Choûte-mi bin, valèt ! T’as déjà fait bien pire, non ?

        -Ouais, mais j’aurai l’air de quoi ?

        -T’auras l’air, simplement. Il manquait à la chanson çui-là....

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