27/09/2012

Lettre à ma Gazette

Cher Journal,

 

Sympa  que tu es, chère Gazette.

Pleine de dessins et de bonne volonté. Tes dessins sont souvent rigolos, ils font sourire le ventre, qui en a bien besoin par les temps sombres et tristes que nous traversons.

Très franchement, cela vaut le billet de cinq euros dont je me fends chaque mois.

Après tout, finalement, quand j’allais encore à la messe, c’est ce que je mettais à la collecte, et pourquoi ne pas prolonger ce geste qui au moins me donne l’impression, à peu de frais, d’accumuler du mérite.

Bien qu’à mon âge, on n’en ait plus grand chose à foutre, excusez le terme.

Bon, je ne suis guère rapide.

Cette lettre concerne un numéro qui sera déjà largement sorti des mémoires cérébro-numériques de tes rédacteurs quand elle parviendra à tes circuits intégrés.

On me l’a déjà dit, d’ailleurs. Que je ne suis pas très rapide.

Faut vivre dans l’immédiat.

Réfléchir un an, ou plus, sur un thème quelconque, n’est vraiment plus tendance. A la limite du pathologique.

Je tiens donc à préciser que cette missive concerne le numéro du mois de septembre, celui où le dessin de couverture de notre cher Siné représente un Rom et un Franc, enfin solidaires dans la dèche...que feint de découvrir le Nouveau Doudou d’Obama.

Je disais donc, sympa. Qui éveille l’empathie. Et un certain sourire intérieur.

Mais peu d’espoir.

Très peu d’espoir de voir enfin émerger quelque chose de neuf.

Quelque chose qui ressemble un tant soit peu à un point de vue émergent sur le bordel saumâtre et glauque dans lequel nous pataugeons avec tant de consentement .

J’écris donc ceci avant tout pour me faire plaisir.

Depuis longtemps, très longtemps, je n’espère plus accueillir de réponse à mes missives, qui ont cessé, comme pour tout un chacun, d’être réelles missives dessinées à la plume pour devenir assemblage d’émoticônes numériques. Heureux les dessinateurs !

Toujours est-il que j’apprécie, bien-aimée Gazette, le fait qu’il y eut toujours jusqu’ici, un accusé de réception composé de deux ou trois mots gentils. Même ceci est, partout, devenu exceptionnel.

Que voulez-vous !

On n’a plus le temps, ma bonne dame.

Et l’on n’aurait guère l’idée de le prendre pour quelque chose qui ne nous ressemble pas.

Le point de vue qui s’exprime ici est devenu invisible.

Hélas !

Mes interventions internetiennes, sur forums et autre, provoquent, dans le meilleur des cas, un silence gêné. Ou une indifférence qui ne fait même plus l’effort d’être glaciale.

Ce qui fait que je me sens quelques points communs avec Siné-Mensuel, quand même.

C’est à ma connaissance le seul canard qui proteste contre l’interdiction de fumer dans les bistrots, interdiction tellement révolutionnaire que personne, à Gauche ( c’est quoi, ça ? ) n’a jamais fait mine de s’en offusquer.

Alors que c’est une mesure qui vise en premier les couches populaires.

Que Dieu vous bénisse pour cela.

Ah oui. Dieu.

Petite précision. Je fais partie de ces gens, peu nombreux, qui considèrent que se déclarer Athée est, en soi, un acte de foi, et que l’athéisme, accompagné de sa doxa laïcaliste, n’est en définitive rien d’autre qu’une nouvelle religion.

Et puisque nous sommes dans des temps où l’on enjoint même à la jeunesse de « choisir son sexe », entre l’Être et le Néant je fais mon choix. Je choisis l’Être, plongé dans la Vie Vivante et Éternelle.

Et j’emmerde les Prêtres de l’Obscurité ontologique.

Mais bon.

Une cigarette ne fait pas le printemps.

Un cigarillo de Semois peut-être un peu plus ? Avec un Saint-Chinian ?

Mais bon, redis-je.

Avant d’aller vers des considérations plus pessimistes, j’affirme avec force et conviction que ces gens qui aiment fumer une clope au comptoir d’un bistrot, avec un bon verre de pinard et des copains, sont peut-être bien les derniers des Mohicans d’une société à visage humain.

Ceci dit, je vais laisser parler le côté sombre de la force.

Voyons...

Dans ce numéro de septembre 2012, se trouve une intervioue de profs qui se plaignent avec pertinence de l’ultra-libéralisation en cours dans l’enseignement.

Ils ont, bien sûr, entièrement raison.

Et, longtemps avant Bourdieu, Illich faisait déjà une analyse très pointue de la fonction Scolaire dans notre monde.

Illich ? Non, pas Vladimir .

Ivan.

Un Catho dissident.

Se méfier des Cathos, surtout les dissidents.

Ceux qui prennent l’Évangile au cœur de sa sève.

C’est pas pour rien que la Gauche, à part quelques farfelus genre Latouche, n’en parle plus.

Ivan Illich. Qui a écrit « une société sans écoles ».

Et constate que la fonction scolaires est ce qu’on appellerait maintenant une simple fonction de formatage.

Mais passons.

Il est dit, dans cette intervioue, textuellement ; littéralement et sans faux-fuyants, que l’apprentissage du Français standard, de la Koinê francophone, la langue commune à tous ceux qui parlent notre vernacule gallique dans le monde, est un facteur de sélection « dirigé contre les milieux populaires » .

Je sais. Déjà, les locutions que j’utilise ici, « Français standard, Koinê francophone, » vont prendre à rebrousse-poil les convictions « égalitarisantes » de la Gauche.

La vraie.

Par exemple, celle des « leftblogs », où l’on préfère, pour des raisons d’efficacité, le terme anglais « leftblog » à, disons, « blogauche ». Ce dernier terme étant à la fois peu compréhensible pour un intellectuel, et comportant une lettre en plus. Ce qui le rend, bien entendu, nettement moins efficace sur Touitteur.

On préférera parler de « Français Correct », l’énoncé induisant, de manière mathématique, l’attitude qu’il convient de prendre.

Quand on dit « Français Correct », on voit bien la matraque tenue par les partisans de Mme Marine, qui veulent imposer aux enfants d’immigrés cette langue ringarde, eux qui préfèreraient tellement parler la langue de Mac Do et de Coca-Cola.

« Français Korrekt ». C’est encore plus clair comme ça. Je ne sais pourquoi, la lettre K a un effet visuel qui se passe de commentaire.

On devine là, au fond des coulisses, un vague mouvement. La Gauche, la vraie, celle des « Leftblogs » et de « Occupythestreets » ( c’est quand même plus facile à piger que « Ocuptarû », non ? ), se préparant à proposer LA solution pour mettre fin à l’exclusion scolaire.

L’Anglais pour tous.

Imparable. Inévitable. Indiscutable .

Et pourquoi ne pas commencer directement par les cours de Math en Anglais ?

Il est bien connu, et d ‘ailleurs ça ne discute pas, on frôlerait là le Blasphème, que les Mathématiques ne peuvent pas, par essence, être un facteur de sélection.

Si on ne pige pas les Maths, c’est qu’on est con.

C’est scientifique, ça. C’est prouvé.

Et il est quand même normal que les Imbéciles n’accèdent pas à des postes qui leur permettraient, par exemple, de faire de la recherche fondamentale.

La sélection, c’est le travail, au choix, du français, du latin, des la Philosophie, ou de l’Histoire.

Pas des maths, grands Dieux.

Les mathématiques, c’est LE langage de Dieu.

Pardon. Je blasphème à nouveau. J’oubliais que la Gauche est laïque, et Athée.

Je n’ai jamais trouvé nulle part aucune allusion au fait que les maths pussent être un facteur, primordial en outre, de sélection. Ce que savent pourtant tous ceux qui ont des enfants en âge scolaire.

Affirmer cela serait, comment dire, affirmer que la Science n’est pas Une et Indivisible.

Et poser à voix haute des questions sur la Science c’est, par définition, le pire Blasphème que puissent entendre des oreilles de Gauche.

Non, pardon. .

Ça c’est pas un blasphème. Le Blasphème, celui qui sous-tend la revendication du droit au Blasphème,

c’est seulement se branler avec des poulets morts dans une Église en Russie, ou représenter le Prophète se livrant à des pratiques sexuelles perverses.

Ça c’est Bien.

Affirmer que les Maths puissent être le critère PRINCIPAL de sélection, ce n’est pas un blasphème. C’est réactionnaire, simplement.

Chacun sait que les réactionnaires, depuis toujours, sont opposés aux mathématiques. Sauf les banquiers, peut-être. Et les actionnaires.

Et les cours de maths en Anglais, ce serait doublement libérateur.

L’Anglais étant, on le sait, la langue de ceux qui partout interviennent dans le monde, en particulier le monde Musulman, d’abord pour libérer les Femmes de l’oppression patriarcale, et bientôt, partout ailleurs, pour la libération des Homosexuels.

L’Anglais étant aussi, par définition, par nature, la langue même de l’expression musicale, la langue élue des Dieux qui seule permet l’exacte peinture de la complexité de l’âme.

L’Anglais étant, enfin, la langue de Touitteur, de Fesbouc, et de toutes ces prodigieuses avancées technologiques qui donnent aux gens, dans les trains de banlieue, le regard pétillant de ceux qui communiquent.

Et ainsi, la jeunesse apprendrait, enfin, à compter directement dans la langue du chiffre te du calcul.

Calcul sans lequel aucune civilisation n’est possible.

Amen.

 

 

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