18/12/2012

Nouveau Calendrier Maya

Sur la table vert-de-gris, déjà submergée par le foutoir quotidien ( dictionnaire, bouquins, BD, cendriers, bougies, verres, bouteille de pinard entamée, crayons, marqueurs, partitions, restes de petit-déjeuner et autres bizarreries à peine identifiables ) , Ayano vient de déposer une pierre. Une grosse, brune, basaltique, décorée de dragons biscornues et de femmes avenantes, ainsi que de signes glyphiques, très décoratifs. Thomas sursaute, lève les yeux, soupire. Il fait mine de reprendre la feuille où il écrivait, hésite, hausse les épaules, attrape un des verres qui traînent sur la table, et le tend vers le nouveau venu. Ce dernier, entretemps, s’est assis. Un silence aussi dense qu’un brouillard hivernal  s’installe quelques instants...

        - C’est quoi, ce bidule ?

        - Ah ! Quand même :

        - Quand même quoi ?

        - Me demandais combien de temps tu mettrais à réagir. Et je te signale que tu m’as passé un verre vide.

        - La bouteille est là. Le côtes du Rhône. T’es assez grand pour te servir, non ?

Il se sert. Lève son verre. Le fait tourner devant ses yeux, puis le tend. Trinquement réciproque.

        - Bon. Je répète : c’est quoi, ce truc ?

        - Pas encore deviné ?

        - C’est pas un peu téléphoné, comme gag ?

        - Mais c’est pas un gag ! C’est le nouveau. !

        - Le... ?

        - ...nouveau calendrier maya. Enfin, faudrait plutôt dire : le complément de l’ancien. Piqué par mes propres soins cette nuit même dans la réserve secrète des caves du Vatican ! Ces pourris l’avaient planqué dans un placard, à côté des chiottes !

        - Bon. Tu bats la campagne ou t’as fumé la moquette ?

        - Crétin ! Y a pas de moquette chez toi et tu sais très bien que je ne suis qu’un pauvre SDF.

        - Dac. Explique, alors ! Et n’essaie pas de me faire admettre que tu marches dans ce délire de fin du monde à la con.

        - Joli. Ce serait pas mal si c’en était la fin, de ce monde à la con, de fait.

        - Mais ça, j’en doute.

        - Normal. Pour peu qu’on puisse encore utiliser ce mot, de nos jours.

        - Bon. Résumons. Sont tous encore en train de flipper, enfin, pas tous, disons les frappés habituels, è cause de cette monumentale manipulation, ourdie par on ne sait quelle officine médiatiquement correcte, et toit, t’arrives, paf, comme ça, l’air de rien, avec la suite du programme. J’ai bon, docteur ?

        - À peu près.  T’es-tu seulement demandé pourquoi les Mayas n’avaient pas été plus loin que 2012 ?

        - Sûr. Primo, pour un peuple de paysans, élaborer un calendrier qui court sur plus de huit siècles, ils ont dû estimer que bon, ça suffit comme ça, pour le reste, on verra plus tard, y a encore du maïs à rentrer, et on ferait bien la sieste avec nos copines, aussi.

Deuzio, y a pas eu de plus tard. Leur monde s’est effondré, sous son propre poids, apparemment. Pour une fois – la seule, sans doute – les Européens n’y sont pour rien.

        - Continue.

        - Et donc, incapables de prévoir l’effondrement de leur civilisation, comment veux-tu qu’ils aient prévu la fin du monde tout court ? Simple logique, mais ça fait longtemps qu’on trouve plus cet article-là sur la Marché, la Logique.

        - Tout-à-fait. Et c’est là que ça devient intéressant. On vous le fait assez souvent, ces derniers temps, le coup de la Fin du Monde, non ?

        - Sûr. S’ils sont tout à fait incapables de planifier quoi que ce soit de vital, pour le guignol permanent ils sont devenus très très forts.

        - Vas-y, Watson.

        - La peur, bien sûr ! Le spectacle de la trouille. A la fois pour le divertissement, et surtout pour l’édification des masses. Ici, on gouverne par la Peur et par les Fantasmes. La peur pour le bâton, et les fantasmes pour la carotte. Et quand tout le monde sera bien soulagé, ouf, c’est pas pour cette fois-ci, on mettra un peu d’austérité et de nouvelle morale en plus dans la choucroute, pour remplacer les saucisses manquantes. Et bon, et c’est là que je vois bien à quoi elle sert, ta pierre.

        - C’est le complément au calendrier. Son mode d’emploi, même si c’est plus que ça. Pas pour rien que c’était planqué dans les chiottes du Vatican.

        - Comme tout le reste. Le Graal et compagnie.

        - Le Graal n’a rien à voir là-dedans. C’est un calendrier cyclique, tout simplement. Et cette pierre montre comment calculer le cycle suivant. Regarde ! Tu vois quoi ?

        - Des femmes. Jolies, d’ailleurs. Et des dragons.

        - Les deux forces fondamentales. La bleue, et la rouge. L’Univers est femelle. Force bleue, la grande méduse cosmique, la force féminine. Et les dragons, l’autre force. La force rouge, la mise en œuvre. Le feu. L’énergie mâle. Et de l’équilibre de ces deux forces dépend la vitalité du cycle suivant.

        - Le Yin et le Yang, quoi.

        - Comme toujours. Mais jamais, dans toute votre histoire, la force fondamentale, la féminine, n’a été aussi faible. L’énergie féminine est moribonde, niée, foulée aux pieds. Et la force rouge, livrée à elle-même, est destructrice. Voilà la seule chose à retenir.

        - Tu veux dire, que, pour une fois, ce ne serait pas une manipulation ? Plutôt un avertissement ? Une sorte de Wikileaks cosmique ?

        - Va savoir. Serait peut-être temps que vous vous posiez la question. Parfois, le reste de l’Univers se défend....

 

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