09/10/2016

L'Espoir

            Comment faire pour encore espérer alors que notre Terre se change en désert et que la Bien-Pensance globalisée appelle de ses vœux une guerre nucléaire, humanitaire, bien entendu ?

             De ces jours-ci, l’angoisse traîne dans l’air comme une noirceur invisible, et pourtant parfaitement perceptible.

            Le message est clair :

« Baisse les bras, tu n’y peux rien, tu n’y changeras rien !

Baisse les bras, et, comme disait l’autre, entre en ce lieu de désolation et abandonne toute espérance ! « 

            Et c’est là que l’on se rend compte, subtilement, du rôle de l’espoir dans la vie quotidienne, de ce qu’il donne comme couleurs et comme goût à l’existence obligée dans ce désert total qu’est devenu ce que d’aucuns osent encore appeler une civilisation.

Désert humain en attendant d’être, tout simplement, le Désert. 

            Mais il n’y a plus rien à espérer, plus rien nulle part.

Alors ? « Espérer » est traditionnellement un verbe transitif, qui réclame un complément d’objet.

On espère du beau temps le lendemain, une promotion, un billet gagnant au loto, la réussite, la miraculeuse rencontre avec l’âme-sœur.

            Mais quand il n’y a plus rien, nulle part ?

            Quand on en arrive même à douter qu’il puisse encore y avoir un lendemain ?

            Quand la guerre de tous contre tous constitue désormais la trame existentielle de la réalité humaine ?

            Quand la bêtise et l’arrogance vertueuse des bien-pensants est la seule référence possible où que porte le regard ?

            Quand le mépris condescendant et parfois hargneux, bien sûr camouflé en ironie de bon aloi, est la seule réponse à toute question posée ?

            Quand des gens qu’on croyait intelligents en viennent à prôner la possibilité d’une guerre nucléaire pour sauver des fanatiques qu’ils prétendent par ailleurs combattre ?

            Alors ne restera plus que l’espoir.

            Espoir sans objet et sans raison.

            L’espoir, source lumineuse jaillissant dans l’instant de mystérieuses profondeurs perdues au fin fond des voies lactées.

            L’espoir, simple pulsation de ce qui vit encore et entend continuer à le faire.

            L’espoir, qui n’a besoin de rien d’autre que de simplement vivre.

           

           

 

 

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