15/04/2015

L'étançon

    On va faire autrement.
    Le précédent ne fut pas à la hauteur. Enfin, si. Mais quoique. Oh, et puis...
    Ah ? Oui. Le précédent écriveur, on veut dire lu-skriveû-d'arèdje. On va pas refaire les mêmes erreurs. On va se contenter d'un pas, l'autre suivant celui-là selon sa propre logique e pied fourchu, et sans vouloir aller nulle part. Et, d'ailleurs, où aller ?
    Certes. Un escholier du vieux temps, prénommé Toto, citait, en exergue d'un exercice dit sertation, certation, donc, cet étonnant paradoxe que si la Planète était ronde, ça n'empêchait pas pour autant que l'on baise dans tous les coins.
    Quoique, derechef...
    Mais l'on ne s'avancera point dans l'expression d'une quelconque opinion car, qui dit expression dit par là-même et dans la foulée impression correspondante, et la pression fatigue. Sauf au bar, quand on en commande une autre.
    Lors parlait-on de sertation. Et, en vérité, c'est bien de cela qu'il s'agit. Sertir, en lieu et place de servir.
    Car, le saviez-vous, de redoutables ombres rôdent dans ces landes obscures, au pied des mots figés par le souffle froid des idoles mécanistes.
    Et vous, chers et tous bons, ne les mirez point, ces ombres. Tandis que nous, obscurs fonctionnaires oublieux même du grade de nos ancêtres pourtant glorieux, nous savons. Et, par bouturage spontané  de la chose sans forme, nous disons, donc et adoncques.
    Eh oui ! Beaucoup d'obscurs et peu de clairs dans ce paysage sémantique jeté à la hâte sur un papier martyr, de réemploi, avant d'être transmuté, au prix d'une intense souffrance, en images d'ondes électromagnétiques pourvues de masse
    Ce qui, soit dit en passant, et au vu de ce qui circule sur la Toile sacrée, semble prouver que la masse n'a guère à voir avec le poids, ni avec quelque dimension perdue, telle la profondeur. On regrette, déjà, d'être amené à servir ces évidences, ce que les gens de bien nous pardonneront sans états d'âme particuliers.
    Mais, ne –et là il me manque un mot, preuve de la corrosion accélérée que subit la palpitante méduse de la langue –dissertons plus.
    Car on est en train d'égarer le poisson sur des sentiers caillouteux, où l'on ne peut guère espérer le noyer, alors qu'à ce qu'on dit c'est bien là que réside l'enjeu de la joute. Puisque, bien sûr, joute il y a.
    Joute issue d'un jeu composé de pièces alambiquées qui se nommaient, dans des temps encore plus anciens, athanor et chaudron, avant qu'on ne les baptise, au nom d'une Raison faite Déesse, thèse et antithèse, et Minotaure en option.
    J'entends, sur ces landes obscures où stagnent les idoles décrites ci-avant, la voix d'un vent mauvais chargé de senteurs âcres et fagoteuses, me murmurer en me regardant dans les yeux:
-"Mais le sens, mon brave, où donc sied le sens ?"
    Et de mon ouïe s'en vient une onde glacée, me parcourant la colonne de haut en bas et je me sens –comment dites-vous  ? – coupable. Gêné. Comme l'autre, là. Celui qui me précédait sur la feuille et à la barre, et dont le chagrin était d'avoir perdu le plaisir suis simple de laisser se dérouler le tapis pourpre du: "c'est ainsi !"
    Point ne l'ai dézingué, rassurez-vous. Il traîne dans les bars de la Vieille Ville, côté port, car il existe encore, quelque part, une Vieille Ville. Mais c'est une autre histoire...
Et de penser à lui j'affectivise, Cré-saint-strond-do-Djâle ! 
Et ce n'est guère le moment.
    Car l'affectivisme, ça fatigue. Et l'étançon, là, c'est lourd.
Vous le voyez, là, au mitan du tunnel, l'étançon ?
L'étançon, là ?
Il est vrai. Ces temps sont las. D'autant que Tout est à reconstruire. Alors ? Pourquoi s'en faire ?
    Amusons-nous, en passant, du fait que la langue bretonne dit, au chiffre dix-huit, "triwec'h".
Trois-Six, m'entendez-vous ?
Comme le chiffre de l'Autre, là, la Bête, qui en définitive, en dernière analyse  disent les comiques troupiers, est tellement bête qu'aucun des trolls didactiques qui fourmillent dans ces forums bas-de-plafond dont la Toile est constellée ne s'est jamais avisé de la chose.
    Et pourtant ! Si c'est pas un Signe, ça ! 
    Tiens. Du coup, ça me donne envie d'une bonne bolée de cidre. M'en vais faire un tour dans la Vieille Ville, côté port.

19/02/2015

Est-ce qu'on ?

Est-ce qu'on ?
Est-ce qu'on en parle ?
Mais...
Mais de quoi ?
De...
On en parle.
Tous les jours, à longueur de page.
De colonnes. De commentaires et de réactions aux commentaires.
De " mise à jour du statut ".
On aligne les pixels de mots formatés, prêts à l'usage.
De mots passés à la rôtissoire " high-frequency " du Pensé-Correct.
Correct. Comme-il-faut.
Et on en parle, bien sûr.
De quoi ?
Qu'êtes- vous pour demander cela ?
Que demandez-vous, vraiment ?
Qu'espérez-vous ?
Qu'attendez-vous ?
" De quoi ? ", mande à nouveau le Chœur.
Chœur de choryphantes avides de sens, avides de remplir un vide qui ne cesse de croître au point d'être devenu la seule religion admissible.
La seule Foi tolérable, celle qui fait de l'être un néant et de l'obscurité le soleil radieux des Lumières.
" De quoi ? "
Et le Chœur de clamer :
" Et toi, qui es-tu qui t'en viens troubler nos certitudes ?
Qui es-tu, qui tentes de nous chavirer à l'aide de vagues non cotables à la Bourse du Bien-Être Par Le Développement Personnel ?
Qui es-tu pour venir porter le fer de tes mots au coeur de nos cocons dont les traites sont encore si loin d'être échues ? "
Qui je suis ?
Que vous chaut ?
Le savez-vous, vous, qui vous êtes ?
Je suis la forêt avant que d'être l'arbre.
Je suis l'océan avant que d'être l'onde.
Je suis la pluie avant que d'être la source.
Et le Chœur de surenchérir :
" Vanité ! Tu n'es que vanité !
Nous sommes la sagesse. Nous, nous sommes ceci, nous sommes cela, au fil des bienveillantes injonctions de nos dévoués gardiens, sereines étoiles de notre univers scintillant "
Et alors ?
Est-ce qu'on en parle ?
Le tintamarre de vos paroles est une insulte au silence de l'immensité.
Mais vous...
Revendiquez le " droit à l'insulte "
Et d'appeler cela  " liberté "
Le droit de faire souffrir
Et d'appeler ça " amour "
Le droit de tourner le dos
Aux frondaisons enchantées
Aux rondes des fées dans la douce lumière des nuits d'été
Aux sources chaudes qui éveillent les coeurs
Et de ça
En parlez-vous ?