31/03/2014

Amnistie Internationale et le Camarade-Président

Samedi 29 mars 

 

         Félicitations et respect fraternels à Amnistie Internationale ( Amneusti Ineternacheunal pour les intimes )..

         Et ceci pour leur très belle campagne d’affichage effectuée à l’attention du vénérable Camarade-Président de la République Populaire de Chine, dont on a malheureusement oublié le nom, on est raciste ou on ne l’est pas...

         Félicitations et respect, certes...

         Pas tant pour l’objet de cette campagne, en fait. Celle-ci est censée remplacer un certain nombre de manifestations prévues pour rappeler au Camarade-Président, lors de sa visite dans l’Eurocapital Brussels, qu’il était de son devoir de respecter les droits de l’homme tels qu’ils sont définis par leurs défenseurs, Prix Nobel de la Paix ou Philosophes médiatiques.

         Manifestations qui furent interdites car risquant d’assombrir l’ambiance de saine camaraderie propice à la signature des contrats nécessaires à la relance de notre économie.

         On ne parlait pourtant pas ici de droits sociaux, bien entendu...

Amnistie Internationale ne s’est, jusqu’ici, guère fait entendre quand il s’agit de lutter contre l’extermination de populations entières par la faim, ou contre l’adaptation forcée des travailleurs de Grèce et d’Ukraine aux standards de salaire et de conditions de travail qui leur permettront d’être concurrentiels face à leurs confères chinois, justement.

       

 

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         Pas tant non plus pour la forme, qui se veut ironique, et qui en fait l’est tellement que la Camarade Président croira de bon coeur que le Peuple Belge lui rend spontanément un hommage mérité, ils sont comme ça, les autocrates, même quand ils n’exigent pas que tout le monde porte la même coupe de cheveux qu’eux.

         Non.

         Félicitations et respect pour l’incroyable audace de publier une affiche rédigée en Français !

Voilà donc, qu’Amnistie Internationale, fer de lance du Combat progressiste entre tous, rejoint le camp de l’obscurantisme réactionnaire en délaissant – certes, provisoirement, selon toute vraisemblance- l’Anglais du militantisme révolutionnaire, langue universelle de l’engagement progressiste et des droits de l'Homme ( "Rights of Man" ), ceci des Femen à Greenpeace, en passant par la défense des sans-papiers et la libération de Bahar Kimiyongur ( "Bahars is free now !" , en bannière sur le site francophone d'Investig’Action, généralement mieux inspiré...).

         Et ce pour un patois local parlé par des populations indigènes, gangrenées par l’intégrisme, l’alcool et le tabagisme, dont on sait les réticences à rejoindre le combat pour une culture universelle unisexuée et unilingue !

         En définitive, c’est peut-être là la seule chose qui risque de perturber un tant soit peu le Camarade-Président lors de sa visite à Brussels-City, intimement convaincu qu’il était jusqu’ici qu’en Europe, tout le monde parlait déjà l’Anglo-Américain.

 

 

16/01/2014

Artistes clandestins

Il faut imaginer ça...

Les risques qu'ils prennent.

Marcher le long de voies ferrées où le danger est permanent..

Passer des clôtures.

 

 

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Risquer à tout moment de se faire pincer par une patrouille ou l'autre...

Et Dieu sait que ces gardes, flics privés qui n'ont comme seule limite que leur propre conscience, peuvent parfois être dangereux à fréquenter...surtout s'il sont accompagnés de chiens..

Sans parler des suites judiciaires s'ils se font pincer

 

 

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Et pourtant

Ils continuent

À mettre en couleurs, comme le cancre de Prévert, la grisaille technocratique des bétaillères qui transportent la force de travail là où il faut qu'elle crée les Saints Dividendes

À ouvrir un petite brèche dans les murs de béton qui, inexorablement et avec le consentement massif de tous, changent nos vies en une longue et morne autoroute....

05/12/2013

Le progressisme face aux Forces du Mal

  

http://www.huffingtonpost.fr/jacqueline-herremans/euthanasie-france-belgique_b_4308717.html

 

En exergue, le lien…

Lisez ça...

Selon votre humeur, vous hurlerez de rire ou vous pleurerez toutes les larmes de votre corps...

On peut appeler ça un texte poétique, à sa manière.

Ou plutôt, épique...

Tant le désir de certains de se mesurer, en Vrai, aux Forces du Mal, semble virer à l'obsession.

 ( Et à qui, incidemment, on pourrait rappeler qu'il existe, pour ce faire, de nombreux jeux vidéos, souvent très bien faits )

 

"Ce vent mauvais qui vient de France, le vent de l'obscurantisme avec l'odeur des bûchers de l'inquisition"

 

Voilà.

Nous sommes avertis.

        Se demander ce que peut bien vouloir faire de l'euthanasie un système social qui, de plus en plus, pousse les gens au suicide, s'apparente aux bûchers de l'Inquisition.

        Remarquer, incidemment, que d'aucuns pourraient faire le calcul qu'en fin de compte, l'euthanasie permettrait de réaliser d'importantes économies dans le budget de la Sécurité Sociale, c'est marcher en rangs sous la bannière du nazisme...

 

Bon.

 

C'est pas que c'est étonnant.

Mais quand même, décevant. Un peu.

 

On en arrive à ce point où toute tentative de se faire entendre semble, a priori, vouée à l'échec si l'on n'a pas déjà le pied dans la fonction médiatique du Système.

Et c'est prévu.

Tout est prévu.

Sauf, peut-être, le décrochage généralisé.

Et si on le prenait réellement, le vent du large ?

 

Larguer toutes les allégeances.

Larguer toute appartenance à quelle tendance que ce soit.

Et prendre le vent.

Le vent de ceux qui vivent.

Qui font, vaille que vaille, face au combat quotidien.

Qui savent qu'aucune vie n'est exempte de souffrance.

Mais qu'accepter cela est aussi le gage des joies futures.

Notre seule force, désormais, est notre regard.

Le regard d'hommes et de femmes, qui, à un moment, ont capté une lumière vivante...

Et savent que danse en eux cette lumière qui aspire à revivre...

 

 

 

14/08/2013

Considérations Expresses sur une Non-Théorie

Donc...

La "théorie du genre" au nom de laquelle on prétend nous imposer une révolution anthropologique sans le moindre précédent dans l'histoire de l'humanité  - si l'on excepte l'homme nouveau du communisme et le surhomme du nazisme – n'est, paraît-il, pas même une théorie...

Ceci serait une invention pure et simple de ses détracteurs, homophobes intégristes et réactionnaires avinés...

Donc, ce qu'on prétend enseigner dans les écoles  ( dont celles qu'on ne peut plus nommer "maternelles", c'est mal ) au nom de la "lutte contre l'homophobie" n'est, en définitive, MÊME PAS basé sur une théorie cohérente...

Donc, l'initiation à l'homosexualité et la négation de l'altérité qu'on finira, demain, par imposer à des tout-petits dont le seul intérêt est de savoir d'où ils viennent ( le reste ils savent le découvrir tous seuls )  n'est justifié que par un corpus d'études portant sur le genre...

Alors qu'on sait depuis Freud que toute intervention dans la sexualité de l'enfance peut, de facto, être considérée comme de la pédophilie, étant donné la disproportion manifeste entre l'adulte "éducateur" et l'enfant "éduqué"

Il est vrai que, tant qu'à nier les déterminismes naturels, on en arrivera peut-être à nier l'existence de l'enfance en tant que telle.

Bref. On n'en est plus à une aberration près, de toutes façons.

Revenons au thème...

Une théorie, pour autant que je sache encore parler Français ( à propos, les gauchistes français qui crachent sur leur langue, vous savez qu'il y a, en dehors de la France, un centaine de millions de personnes qui s'expriment couramment en français ? ), c'est une explication du monde construite sur une ou plusieurs observations scientifiques, et qui les intègre dans un tout plus ou moins cohérent.

Un étude, c'est une réflexion sur un thème donné, une spéculation intellectuelle, en somme.

C'est donc sur base de spéculations intellectuelles, dépourvues de la moindre observation de terrain, qu'on se fait traiter, depuis des mois, de fascistes, d'homophobes, d'assassins, de nazis, et autres joyeusetés.

Et qu'il est devenu obscène d'affirmer que les enfants "naissent d'un homme et d'une femme".

En définitive, il y a un concept, inventé par une chercheur  assassiné en 1957 dans les geôles libérales des Etats-Unis, pour dire exactement ce qu'est la "théorie du genre".

Une peste émotionnelle.

22/04/2013

Sac à dos

        »Monsieur ! »

  Et merde !

         »Votre sac, s’il vous plaît ! « 

    Fallait s’en douter. On rentre pas comme ça dans un temple de la Consommation. Y’a une épreuve. Faut faire comment ? Siffloter en regardant en l’air ? Non, ça c’est bon pour attirer la Zécurité, sans tarder. Baisser la têt en regardant ses pieds. Trop humble...question de nature.

    Et le sac reste là, de toutes façons. Vissé au dos, comme la bosse du dromadaire.

Je la regarde. Pas de plaisir particulier dans le regard. Plutôt l’ennui profond de celle qui, non seulement, se tape un boulot déjà éreintant, mais en plus doit appliquer les consignes venues d’un bureau quelque part, là-haut, dans les Olympes managériales où des tas de duveteux billets de banque forment des nuages où se prélassent les Saints Actionnaires.

    Bon. Ça se comprend. Du coup, la colère qui  enflait dans la poitrine, question de tempérament, de nouveau, se mute en profond soupir de lassitude...A force, aussi, on s’habitue. Je lui tends mon sac en esquissant un vague sourire.

    Et repars faire mes dévotions dans ce sanctuaire voué au Bricolage. Entendez par là, réparations d’urgence à faire obligatoirement soi-même parce qu’on a pas les moyens de payer un professionnel, et que le proprio s’en tape.

    Corvée particulièrement sordide pour ceux qui, comme moi, ont raté la distribution de cette grâce virile qui permet de faire, d’instinct, la distinction entre fil rouge et fil bleu, boulon de huit et clé de quinze, pôle positif et pôle négatif. Je suis déjà bien content quand j’arrive à enfoncer un clou sans perdre pour quelque temps l’usage d'un doigt ou deux...

    Mais, hélas, même les dévotions ordinaires aux dieux de la technologie domestique sont devenues hors de prix. Y aura qu’à faire comme d’hab, laisser les chose en plan en comptant d’une part sur l’inertie naturelle de la matière non-organique, et, d’autre part, sur l’offrande d’une bougie à Sainte Rita, patronne des causes perdues, à Saint Joseph, patron des bricoleurs, et à Saint Antoine, ce dernier à tout hasard.

    Retour à la caisse. Elle y sont à deux, maintenant, elles papotent.

    Je récupère mon sac. Et puis, tant qu’à faire, vu qu’y a pas foule, je leur fais un petit numéro improvisé de théâtre de rue.

         « Quand même... ! »

    Attention captée. Elles me regardent.

          « Imaginez. Disons que je veux piquer un truc, par exemple... »

    Et en avant. Contorsion du dos pour retirer le sac à dos. Flexion du bassin pour le déposer à terre. Manœuvre accroupie pour l’ouvrir. Position debout et extension pour porter la main à un rayon fictif. Nouvelle flexion pour rentrer l’objet censément volé dans le sac. Fermeture du sac, accroupi au sol. Retour à la positon verticale, accompagné de contorsions du tronc pour remettre le sac sur le dos. Fin de la démonstration. Puis je montre mon sac musette. Sac à main, qu’on ne contrôle jamais nulle part, là où se blottissent les précieuses cartes, bancaire, d’identité, de crédit, de fidélité, de mutuelle, de conformité numérique.

          « Là, on ouvre, on enfourne, on ferme, ni vu ni connu. Vous devez les contrôler, les sacs à main ? « 

    Signe de tête négatif. La caissière hausse les épaules. Visiblement, elle s’est déjà fait le même raisonnement. Evident. Logique.

          « On doit faire comme ça... »...L’air de dire, ça ou peigner la girafe.....

    Puis un rapide échange complice sur la déraison manifeste de tout ce qui occupe, dans l’échelle de la hiérarchie, un perchoir sans contact avec le sol...

    Allez, bonne journée....

    Et une fois dehors, réflexion. Solitaire....

    Déraison manifeste ? C’est sûr, ça ?

    Pas tellement.

    Qui se balade avec un sac à dos, de nos jours ?

    Un sac à dos contenant quelques affaires, un ciré pour la pluie, un polo pour le froid, une bouteille d’eau, quelques courses pour le soir ?

Fastoche.

    Quelqu’un qui n’a pas, à portée de la main, une automobile pour y mettre tout ça.

    Quelqu’un, donc, dont le pouvoir d’achat n’est pas assez attractif pour intéresser les propriétaires des grandes surfaces.

    Le sac à dos est un signe extérieur de non-richesse, si pas de pauvreté.

Pardon.

    De nos jours, on peut plus dire « pauvre ». Il faut dire « économiquement faible ».

( Ou "looser", pour rester linguistiquement correct )

Economiquement faibles, donc, qu’il faut dissuader d’une manière ou de l’autre de se pointer dans ces temples brillamment illuminés, vibrant d’une musique céleste, où tout n’est qu’ordre, beauté, et extase consommatoire.

    Et, jusqu’à nouvel ordre, en matière de dissuasion, c’est toujours les vieilles recettes qui marchent le mieux. L’humiliation, par exemple.

    Et, en l’occurrence, double humiliation.

    Celle qui consiste, pour une catégorie de « clients » ( pourtant roi, paraît-il ) , à se sentir désignés comme voleurs potentiels.

    Celle des travailleurs, qui se voient imposer une tâche « sécuritaire » n’ayant rien à voir avec leur travail réel...

    C’est bien foutu, quand même, la société du « bonheur pour tous. »

03/04/2013

Get Free Fom English

        Solidaire. L’hebdo du PTB.

        C’est un bon journal, en gros. Le seul que je persiste à lire.

        La seule feuille de chou où l’on te fasse régulièrement la liste des tuiles qu’on nous jette à la tête , et, plus important, l’état des lieux des résistances à ce désespoir délibérément organisé.

        Les médias officiels, c’est à dire, en gros, l’ensemble de la presse écrite, télévisée et radiophonique, se consacrant en priorité à l’état de santé des vedettes,  actionnaires et autres banquiers.

        Chacun sachant qu’un banquier bien rose et bien portant engendre une économie prospère, tandis que le spectacle de la vie trépidante des vedettes fait taire les gargouillis obscènes des ventres de ceux qui, souquant à fond de cale, attendent le jour béni où les miettes du festin leur tomberont dans le bec.

        C’est pour bientôt, les gars, on voit le bout du tunnel !

        But...

        Non. Pas but. Nenni.

        Ceci n’est pas un billet consacré aux Diables Rouges, que Dieu leur vienne en aide s’il Lui en reste la force..« But », en anglais. Ce qui veut dire « mais », et sert généralement à introduire un bémol.

        Vous saviez, isn’t it ? De même que personne n’est censé ignorer la loi, plus personne n’est censé ne pas comprendre l’Anglais.

        Dans les boîtes, pardon, les grandes entreprises où l’on s’abandonne à la joie du travail qui rend libre, arbeit macht frei et toute cette sorte de choses, tout, désormais, est en Anglais. Les logiciels qu’on utilise, les messages d’erreur qu’ils génèrent ( « to generate » ), l’organigramme de la hiérarchie, l’intitulé des fonctions, etc... On n’a plus de chefs, on a des coaches. Plus de service du personnel, mais un « Ioumane Risorziz Dipartmeneth ». Et démerdez vous. « Be positive ».Sans parler des mails, souvent rédigés en Anglais.

        Et ce dans un pays où, paraît-il, il est interdit d’obliger les gens à travailler dans une autre langue que celle de leur région. Règle qui, apparemment, ne s’applique pas à la langue des marchés et de ceux qui les gouvernent.

        Voici donc que Solidaire s’y met aussi.

        En première page du numéro de cette semaine, daté du 29 mars, la photo d’une foule jeune, rigolarde et bigarrée, du moins telle est la scène qu’on est censés imaginer, barrée d’un slogan en très grandes lettres, « FREE YOUR EDUCATION ».

        D’abord, on se demande, le temps d’un battement, s’il s’agit là d’une pub pour Coca-Cola ®, chacun sachant combien cette marque emblématique de notre Civilisation Occidentale apprécie les foules jeunes, rigolardes et bigarrées, et chacun sachant combien ses campagnes publicitaires militent pour une jeunesse affranchie de tous les vieux tabous réactionnaires.

        Puis on réalise, quand même, que l’on tient en main le journal d’une organisation qui, non seulement s’affirme à l’écoute du Peuple, mais a tendance à s’implanter de fait dans certains quartiers populaires laissés à l’abandon.

        Et le Peuple, à propos, c’est nous, ça.

        Et, à ce que je sache, c’est pas tellement l’anglais, qu’on parle par chez nous. Que ce soit au Nord, au Sud, ou à l’Est.

        On finit par voir, en haut de la page, quelque chose de plus compréhensible : « Au nord comme au sud, la jeunesse dans la rue ».

        On comprend alors qu’il est question des récentes insurrections contre l’augmentation vertigineuse du prix des certificats conférés par le système « éducatif », ces laissez-passer ouvrant l’accès à un travail décent.

        Mais...

        Et je reviens là à mon « but » initial, c’est à dire analyser aussi marxistiquement que possible ce « free your education ».

        D’abord, pourquoi en Anglais ?

        On va me dire, petit a, « parce que c’est un mouvement international ».

        Certes. Mais, que je sache, « Solidaire » est un journal s’adressant aux francophones de Belgique, non ?

        Et, s’il faut faire mode, ou exotique, pourquoi pas un slogan en Grec, Arabe, ou Irlandais, par exemple ?

        Suppose-t-on que les prolos sont trop cons, ou trop abrutis par la pub et la télé, pour retenir trois mots symboliques dans une langue autre que l’Anglais ?

        On me dira, petit b, « c’est une question d’efficacité ».

        Very funny, my dear.

        Vu que c’est là exactement l’argument choc des publicitaires et autres éducateurs des masses qui nous imposent de plus en plus LE mode du Tout-Anglais...En brandissant le sophisme du « tout ira mieux si tout le monde parle la même langue ». Et, en général, l’argument des eurocrates de tout poil.

       Je dis, moi, que quand on commence à être sur la même longueur d’onde que les représentants attitrés de la classe dominante, il est temps de commencer à se poser des questions. Si du moins on sait encore comment faire.

        Et ceci sans même parler du contenu mystique lié au terme « efficacité « dans notre mode de production.

        En désespoir de cause, et il est surprenant de voir combien on arrive vite à ce stade lors d’une discussion avec des militants, on en vient à se faire traiter de nationaliste, raciste, passéiste, ou fasciste refoulé, pourquoi se priver de ces petits plaisirs de la convivialité ?

        Et bon. A côté de la plaque, camarades.

        Personnellement, j’adore parler anglais.

        Dans un pub à Broadstairs, Kent, ou dans un des ces petits cafés ou de délicieuses grand-mères vous servent au petit déjeuner de ces savoureux scones...

Ou lors d’une balade sur l'un des ces improbables sentiers qui longent les falaises entre Folkestone et Douvres.

        Mais chez moi, dans mon terroir, quand on m’adresse la parole directement en anglais, je réponds en français.

        Si là où je vais, quelle que soit la langue, je fais l’effort minimum d’apprendre à dire « bonjour », « merci », « comment ça va », et « parlez-vous français ( ou anglais, ou espagnol ) «  dans l’idiome local, j’attends de ceux qui viennent nous visiter la même politesse.

        C’est le b-a ba des relations humaines.

        Dès lors, quand « Solidaire » titre, en première page et en grand, « Free your education », ça me percute comme un déni d’identité, une marque d’arrogance et de mépris, un mépris de classe.

        C’est du même ordre que le « speak white » des québécois, le sabot des bretons, ou le « Fuck your God » des sections d’assaut de la pornographie militante.

 Passons rapidement sur l’argument récurrent de la modernité, qui se conjugue sur le mode anglo-saxon du « fun », « cool », « queer friendly », et autres litotes signifiant l’adaptation forcée au monde capitaliste du spectacle et de la marchandise. En rappelant simplement que pour beaucoup, la modernité n’est rien d’autre que la perspective d’une vie de misère et de solitude.

        Pour en arriver, enfin, et en vitesse, au dernier argument imparable, petit d, qu’avancent les adulateurs du tout-anglais, la précision.

        Alors, là, allons-y joyeusement.

        Que veut dire, au juste, « free your education » ?

        Est-ce « rendez gratuite votre éducation « ?

        C’est plausible, puisqu’il s’agit là de la revendication minimale des étudiants s’opposant à la marchandisation totale de ce qui est, déjà, non plus un mode naturel de transmission des savoirs de l’humanité, mais l’accès en chicane au passeport ouvrant le droit à un travail valorisant et décemment payé.

        Est-ce « libérez votre éducation » ?

        Possible. Il faut alors noter qu’il s’agit là d’un contresens total, le terme même d’éducation supposant un berger et son troupeau, une relation non-égalitaire, d’institution à quidam, de maître à élève, un processus d’adaptation obligatoire à un système posé a priori comme incontournable.

        On ne peut « libérer » une relation qui exclut tout rapport dialectique, mettant en scène dans un huis-clos, coupé du Réel, le spectacle d’une Science sans âme, coupée tant du Vivant que du Vécu, dont la fonction est de formater ceux qui le « méritent » aux comportements requis des futurs acteurs du système.

Resterait une dernière possibilité.

        Il faut ici faire référence à Pink Floyd, « The Wall »...

« We do’nt need no education.

We don't need no thought control"

        Et, de même, se référer à Ivan Illich, penseur catholique dissident qui préconisait                                 « Une société sans écoles ».( http://www.alamemeetoile.net/Une-societe-sans-ecole.html )

        Sauf que là, il eût fallu dire, en bon Anglais, « Get free from your education ».

         « Libérez-vous de l’éducation ».

        Libérez-vous de cette société qui, à toute force, veut vous imposer des comportements « corrects », propices à l’ouverture des nouveaux marchés dont le capitalisme agonisant a désespérément besoin.

        Je crains, hélas, qu’il ne s’agisse point de cela. C’est un de ces nombreux débats dont, malheureusement, le PTB ne semble pas voir l’urgente nécessité.

Aussi donc, dans le doute et afin de clarifier cette prise de position, je propose un autre slogan : «  Get free from english ».

        Libérez-vous du tout anglais et de ses binarités conformisantes, issues de la vieille morale protestante, « winner » et « looser », « soft » et « hard », « cool » et « straight », tant d’autres encore, et peut-être pourrons-nous redevenir ce que nous sommes pour de bon : des hommes et des femmes, égaux, unis par leur différence, se battant ensemble chaque sexe à sa façon pour un avenir moins sombre.

 

 

 

25/03/2013

Portrait des certificats verts, vus d'un coteau ardennais

 

    Le monde est à feu et à sang, et voici quelques semaines qu’on nous sert, à toute heure, cette soupe à la fois insipide et amère.

    Certificats. Verts, of course. Curieux d’ailleurs qu’ils ne leur aient pas trouvé un beau nom, bien anglo-saxon, bien « save the planet », pour faire encore plus écolo-cool.

Bon. On s’en fout un peu, on va dire. Ce qu’on sait, c’est que c’est pas pour nous. Et que si cette soupe bien verte est posée bien en évidence sur le buffet, nous on doit se contenter de danser devant.

    C’est pour l’autre côté de la rue, les certificats verts.

    Faut sortir des cités, pour ça. Et des quartiers populaires, en général. Y’en a pas trop, par là, des panneaux solaires.

    Par contre, dans les lotissements récents, là où ceux qui construisent font bâtir de somptueuses villas, dont la moindre pourrait abriter sans problèmes deux ou trois familles d’allocataires sociaux ou de futurs licenciés, ça pousse comme champignons après la pluie, les panneaux solaires. Sur tous les toits.

    Dans les jardins aussi.

    Si toutefois on peut appeler jardins ces immenses étendues de gazon bien tondu artistiquement aménagées par des spécialistes du Vivre-Zen, et où les vieilles haies d’arbustes sauvages qui ceinturaient les pâtures sont remplacées par toutes sortes de plantes plus ou moins exotiques.

    Tandis que les derniers spécimens de paysans ont été enfournés dans divers types de mouroirs à vieux, on suppose.

    Jusque sur les toits des garages, qu’on en trouve, des panneaux solaires. Garages au nombre de deux, parfois trois. Dans les garages, des BMW. Immatriculées au Grand-Duché, comme de juste. Ça coûte moins cher.

    C’est comme ça.

    Y a ceux qui ont de l’argent. Combien ? Disons 20.000, 30.000 euros ?

    Sais pas combien ça coûte, un panneau solaire. Alors, ils installent des panneaux solaires sur le toit. Et, d’une manière ou l’autre, le gouvernement paie pour les rembourser. On gagne sur les deux tableaux. Electricité moins chère et subventions de l’Etat.

   Y a de ceux qui ont rien, ou pas grand chose. Mais faut quand même qu’ils arrivent à mettre un peu de fric de côté, pour le chauffage par exemple. C’est pas avec le salaire, ou les allocations, qu’on va pouvoir payer 500 litres de mazout. Et là, aucune subvention.    

    Le mazout, c’est pas écolo.

    Et faut pas espérer non plus que le propriétaire va investir dans des panneaux solaires pour diminuer la facture d’un locataire. Pourquoi le ferait-il ?

    Enfin...

    En fin de compte les Bobos n’ont peut-être pas tout à fait tort.

    Les plus grands ennemis du Progrès, en définitive, c’est bien les Pauvres.

11/03/2013

Siège de Saint Pierre et ronds de fumée ( 2 )

     Thomas se massa énergiquement les tempes,  d’un mouvement circulaire englobant les yeux. Il aurait bien voulu revenir un tout petit peu en arrière, quand c’était encore simple, avant que jaillisse de va savoir quel trou noir perdu dans l’immensité cette question stupide. Il n’avait pas la moindre envie de regarder en face, de voir l’air goguenard de l’autre qui l’attendait au tournant, et vas-y, explique donc à quoi ça sert, un pape. Fumée noire, fumée blanche, souvenirs d’enfance, Saint Nicolas, Urbi et Orbi, non , quoi...

   Ayano, à dire vrai, s’en foutait complètement. Il regardait par la fenêtre le ciel sombre, morose, triste, à la fois gris et brun, de cette après-midi de début mars. Et se demanda, une nouvelle fois, ce qu’il était venu foutre ici, en ce lieu qui, décidément, évoquait bien plus le monde nommé « Enfer » par ces Terriens que son village natal, verdoyant et ensoleillé. Mais bon. Fallait bien que quelqu’un se tape la corvée, au moins essayer de leur faire voir que quelque chose clochait.

 

 

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    Thomas soupira un coup et se lança.

        -Tu n’en as vraiment pas la moindre idée ?

        -Bien sûr que si. C’est un truc énorme, je le sais aussi bien que toi. Deux mille ans de votre Histoire, ça couvre. Le premier Empire, fondateur de votre soi-disant globalisation, avec son empereur-dieu, dont vos papes sont les successeurs. L’assassinat horrible d’un brave type qui aimait les femmes et la vie, et dont le tort principal était de voir la lumière du Vivant, changé par la suite en prophète pour les besoins de la Cause, vous aimez bien ça, les Causes. Et cette Cause se transformant finalement en conquête de la planète, guerres de religion, massacres et atrocités, répression impitoyable des coutumes populaires transmises par les femmes, bûchers et tortures mis en scène par des mâles frigides...

        -Pourquoi tu me poses la question, alors ?

        -Parce que c’est avec toi que je parle. Et que, de votre point de vue, tu tiens pour moi le rôle du bouc émissaire.

Il s’arrêta un moment, le temps de saisir la bouteille et de remplis, à ras bord, le verre de Thomas.

        -Bon, d’accord, tu ne le mérites pas. Si je comprend bien ce que veut dire « mériter ».

Thomas but un coup, lentement, revenant sur la pointe des pieds aux sensations basiques, refermant la porte de l’angoisse.

        -J’ai eu peur. C’est tout. Je sais pas si tu te rends compte de ce que c’est, comme charge, le coup du péché du monde.

        -Plus ou moins. Notion étrangère,. On essaie d’imaginer.

        -Evidemment. Base de notre magie noire. De l’envoûtement dans lequel nous vivons.

        -Tu veux dire que ça part de là ? Votre magie ?

        -Envoûtement, j’ai dit. Sans doute. Le mur construit entre nous et l’univers. Le labyrinthe dans lequel nous errons, aillant de meurtre en meurtre, de déni en déni, de crucifixion en massacre, de surhomme en homme nouveau

        -Et d’embrouilles en confusions...

        -Tout juste, mon pote. As-tu vu autre chose que de la confusion, toi, sur ce monde ?

        -Parfois. Dans les yeux des enfants.

        -Qui, eux, posent des questions. Mais un pape, ça sert pas à ça. Ça sert à donner des réponses. Poser des questions, c’est bon pour les mômes. Les adultes, ils ont des réponses. Quel que soit leur camp, d’ailleurs. Oppositions bidon. Ils disent, par exemple, il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions. Et ils ont réponse à tout, toujours. Jusqu’à la nausée. Jusqu’à la confusion totale.

        -Et de nouvelles guerres, sans doute ?

        -Bien sûr. Qui seront, cette fois, humanitaires. De même qu’en son temps, la conquête de l’Amérique et de l’Afrique. Conquête humanitaire. Fallait apporter la civilisation, à ces pauvres gens, perdus dans leur ignorance. Et demain, ils recommenceront. Pour les libérer de leurs préjugés. Avec la même bonne conscience, toujours. Ça aide, pour les massacres, la bonne conscience. Les uns parleront de Dieu. Les autres de la Science, ou de la Raison. Les uns parleront du Saint Esprit, les autres, des Lumières. Mais ça reste le même discours.

        -En fait, vous n’ouvrez jamais la fenêtre...

        -Parfois. Parfois, il y a comme un miracle. Le précédent, de pape, avait rassemblé dans une petite ville , en Italie, un paquet de représentants religieux, chamanes, gourous, prêtres, sorciers, prophètes – et je veux dire les vrais, ceux qui s’appuient sur les coutumes de leur propre peuple. Ils avaient prié ensemble, chacun à sa manière.

        -Je sais. C’était à Assise. La ville de Saint François.

        -C’est ça. Ce cinglé qui parlait au vent, aux oiseaux, aux loups, au soleil, à la lune. Ce gars qui parlait de sa sœur la pluie. Tu connais ?

        -On a ça, chez nous. La grande méduse.

        -Bon. C’est quoi, ce bidule ?

        -T’occupes. Et tu crois qu’un type de ce genre pourrait devenir pape ?

        -Aucune chance. Ils vont se bagarrer entre gestionnaires capitalistes, lobby homosexuel, théorie Queer, inquisiteurs traditionnels, vendeurs de reliques et autres joyeusetés du style. Et, sauf miracle, on verra sortir un nouvelle empereur romain, qui nous plongera encore un peu plus dans la barbarie. Alors, tu vois, ce genre de questions...

        -Ça te déprime...

        -Exactement. J’aimerais encore mieux parler de foot.

 

 

18/02/2013

Siège de Saint Pierre et ronds de fumée ( 1 )

        -Dis-donc, Ayano....

        -Oui ?

        -C’est-y pas du Vatican que tu as causé, la dernière fois ?

        -Possible...

Ayano ferma les yeux, fugace sourire aux lèvres, l’air du gars en train de se dire ça y est, cet emmerdeur va aborder avec ses questions à la con, pas foutu de profiter un peu du silence, de savourer tranquillement ce Saint-Chinian, acheté à prix d’or à l’épicerie du coin. Pas tout à fait du coin, l’épicerie, d’ailleurs. Un peu plus haut, à droite, en montant vers l’église. Pas mal du tout, l’épicière. Mais pourquoi fallait-il, sur cette foutue planète, que tout bon moment fût nécessairement encadré d’une transaction monétaire ?

    Thomas, quant à lui, se roulait une clope, se concentrant intensément sur ce papier qui, à tous les coups, faisait mine de se froisser entre ses doigts trop larges, sur ce tabac qu’il n’était jamais arrivé à doser du premier coup, merde, mais comment il faisait, Lucky Luke, tout en gardant une parcelle d’attention un peu intriguée, dirigée vers Ayano. Pourquoi il amenait un Saint-Chinian de première, celui-là ? Bon, après tout, pourquoi pas ? Faudrait stopper cette manie des soupçons idiots, chercher midi à quatorze heures, au lieu de se concentrer sur ce tabac qui débordait des deux côtés à la fois, c’est pas comme ça qu’il arriverait un jour à égaler Lucky Luke.

Boire, trinquer, savourer. On n’a que le bien qu’on se donne, disait sa mère.

    Ayano attrapa le tabac, le papier, et se roula une cigarette d’une seule main, sans regarder. Il revoyait l’ovale du visage de l’épicière, et son sourire amusé, au détour d’un mot.

        -Merde !

        -Quoi ?

        -Mais comment tu fais ?

D’un coup, le visage de l’épicière se dispersa, remplacé par le regard étonné, un rien envieux, que lui lançait Thomas.

        -Comment je fais quoi ? Aller au Vatican ?

        -Rouler ta clope comme ça !

Silence. Il alluma sa cigarette, puis celle de Thomas, qui continuait à le regarder, l’air vaguement dégoûté.

        -Le métier, petit, le métier.

        -Petit ? Comment ça, petit ?

        -Vais pas dire "petit homme ", quand même .

        -Tu fais chier...

Une pause. Il regardait Ayano, en train de souffler un rond de fumée parfait. Ce type ! Alors que lui n’avait jamais été capable d’expirer autre chose qu’une espèce de brouillard informe. Bref...

        -Et le Vatican, ceci dit, t’y serais pas retourné, ces derniers temps ?

        -Pourquoi donc ?

L’air sincèrement étonné.

        -T’es pas au courant, peut-être ?

        -Ah oui. Ce truc-là. Tu crois quand même pas que j’y suis pour quelque chose ?

        -Mouais. Y a des fois, je me demande. La démission du pape, puis la foudre qui frappe le dôme de la basilique, trois fois, il a dit le journaleux.

        -Tu veux que je te dise, Thomas ?

        -Je ne sais pas.

        -Alors, je dis. Petit un, tu me prends pour qui ? Votre déesse du Soleil ? Votre dieu de la Lune ? T’as quand même dû remarquer, depuis le temps, que je n’ai ni longue barbe blanche, ni trousseau d’éclairs en main. Ni même en porte-clés.

        -Ça t’arrive de te servir d’une clé, toi ?

        -Te fiche pas de moi. Je continue. Petit deux, même si j’avais le pouvoir d’intervenir, y a un truc qui fait que je peux pas m’en mêler, point barre.

        -Ah ouais ? Et ton casse dans les caves du Vatican ? Le mode d’emploi du calendrier maya ? Un mois avant la démission du Boss ?

        -Rien à voir. Ça, c’était pour l’édification du Peuple.

        -Pardon ?

        -J’ai refait mon numéro, en mieux, dans l’un ou l’autre bistrot. Et, une fois, sur le quai de la gare, pour les gens qui râlaient à cause des retards. En général, ça fait rire, et vous avez surtout besoin de rire, si vous voulez survivre encore deux ou trois ans.

        -Bon ! C’est la meilleure, ça !

        -Eh oh, Thomas, rastreins ! Si toi, t’es musicien, moi, je suis bateleur. Et quand le vent gonfle la voile, je fais mon truc. Viens pas me dire que tu fais pas pareil avec ton biniou !

     Thomas médita un instant. Il n’avait jamais envisagé que cet emmerdeur, certes sympathique, pût lui ressembler en quoi que ce soit. Comme quoi. Et son Saint-Chinian était une merveille. Qu’est-ce qu’il avait bien pu raconter à l’épicière ?

     Ayano venait de réussir un très beau rond de fumée. Finalement, y avait que ça de vrai, les ronds de fumée. Et quelques millions d’autres trucs du même tonneau. Restait un petit trois qui  se lovait dans les neurones du haut, avant-gauche, mais l’idée de l’extirper de là le fatiguait. Ces Terriens, avec leurs questions idiotes et leurs préoccupations bizarres, semblaient définitivement incapables de faire des ronds dans l’eau. Il reprit quand même.

        -Et, petit trois, j’ai une question à te poser.

Thomas, qui se balançait sur sa chaise, faillit partir en arrière et se rattrapa de justesse.

        -Une question ?

        -A quoi ça sert, au juste, un pape ? 

 

( à suivre )

14/02/2013

Formes du Vivant

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