14/02/2013

Formes du Vivant

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07/02/2013

Vivantes Lumières

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30/01/2013

Chemins de Terre

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23/01/2013

Lumières...

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18/12/2012

Nouveau Calendrier Maya

Sur la table vert-de-gris, déjà submergée par le foutoir quotidien ( dictionnaire, bouquins, BD, cendriers, bougies, verres, bouteille de pinard entamée, crayons, marqueurs, partitions, restes de petit-déjeuner et autres bizarreries à peine identifiables ) , Ayano vient de déposer une pierre. Une grosse, brune, basaltique, décorée de dragons biscornues et de femmes avenantes, ainsi que de signes glyphiques, très décoratifs. Thomas sursaute, lève les yeux, soupire. Il fait mine de reprendre la feuille où il écrivait, hésite, hausse les épaules, attrape un des verres qui traînent sur la table, et le tend vers le nouveau venu. Ce dernier, entretemps, s’est assis. Un silence aussi dense qu’un brouillard hivernal  s’installe quelques instants...

        - C’est quoi, ce bidule ?

        - Ah ! Quand même :

        - Quand même quoi ?

        - Me demandais combien de temps tu mettrais à réagir. Et je te signale que tu m’as passé un verre vide.

        - La bouteille est là. Le côtes du Rhône. T’es assez grand pour te servir, non ?

Il se sert. Lève son verre. Le fait tourner devant ses yeux, puis le tend. Trinquement réciproque.

        - Bon. Je répète : c’est quoi, ce truc ?

        - Pas encore deviné ?

        - C’est pas un peu téléphoné, comme gag ?

        - Mais c’est pas un gag ! C’est le nouveau. !

        - Le... ?

        - ...nouveau calendrier maya. Enfin, faudrait plutôt dire : le complément de l’ancien. Piqué par mes propres soins cette nuit même dans la réserve secrète des caves du Vatican ! Ces pourris l’avaient planqué dans un placard, à côté des chiottes !

        - Bon. Tu bats la campagne ou t’as fumé la moquette ?

        - Crétin ! Y a pas de moquette chez toi et tu sais très bien que je ne suis qu’un pauvre SDF.

        - Dac. Explique, alors ! Et n’essaie pas de me faire admettre que tu marches dans ce délire de fin du monde à la con.

        - Joli. Ce serait pas mal si c’en était la fin, de ce monde à la con, de fait.

        - Mais ça, j’en doute.

        - Normal. Pour peu qu’on puisse encore utiliser ce mot, de nos jours.

        - Bon. Résumons. Sont tous encore en train de flipper, enfin, pas tous, disons les frappés habituels, è cause de cette monumentale manipulation, ourdie par on ne sait quelle officine médiatiquement correcte, et toit, t’arrives, paf, comme ça, l’air de rien, avec la suite du programme. J’ai bon, docteur ?

        - À peu près.  T’es-tu seulement demandé pourquoi les Mayas n’avaient pas été plus loin que 2012 ?

        - Sûr. Primo, pour un peuple de paysans, élaborer un calendrier qui court sur plus de huit siècles, ils ont dû estimer que bon, ça suffit comme ça, pour le reste, on verra plus tard, y a encore du maïs à rentrer, et on ferait bien la sieste avec nos copines, aussi.

Deuzio, y a pas eu de plus tard. Leur monde s’est effondré, sous son propre poids, apparemment. Pour une fois – la seule, sans doute – les Européens n’y sont pour rien.

        - Continue.

        - Et donc, incapables de prévoir l’effondrement de leur civilisation, comment veux-tu qu’ils aient prévu la fin du monde tout court ? Simple logique, mais ça fait longtemps qu’on trouve plus cet article-là sur la Marché, la Logique.

        - Tout-à-fait. Et c’est là que ça devient intéressant. On vous le fait assez souvent, ces derniers temps, le coup de la Fin du Monde, non ?

        - Sûr. S’ils sont tout à fait incapables de planifier quoi que ce soit de vital, pour le guignol permanent ils sont devenus très très forts.

        - Vas-y, Watson.

        - La peur, bien sûr ! Le spectacle de la trouille. A la fois pour le divertissement, et surtout pour l’édification des masses. Ici, on gouverne par la Peur et par les Fantasmes. La peur pour le bâton, et les fantasmes pour la carotte. Et quand tout le monde sera bien soulagé, ouf, c’est pas pour cette fois-ci, on mettra un peu d’austérité et de nouvelle morale en plus dans la choucroute, pour remplacer les saucisses manquantes. Et bon, et c’est là que je vois bien à quoi elle sert, ta pierre.

        - C’est le complément au calendrier. Son mode d’emploi, même si c’est plus que ça. Pas pour rien que c’était planqué dans les chiottes du Vatican.

        - Comme tout le reste. Le Graal et compagnie.

        - Le Graal n’a rien à voir là-dedans. C’est un calendrier cyclique, tout simplement. Et cette pierre montre comment calculer le cycle suivant. Regarde ! Tu vois quoi ?

        - Des femmes. Jolies, d’ailleurs. Et des dragons.

        - Les deux forces fondamentales. La bleue, et la rouge. L’Univers est femelle. Force bleue, la grande méduse cosmique, la force féminine. Et les dragons, l’autre force. La force rouge, la mise en œuvre. Le feu. L’énergie mâle. Et de l’équilibre de ces deux forces dépend la vitalité du cycle suivant.

        - Le Yin et le Yang, quoi.

        - Comme toujours. Mais jamais, dans toute votre histoire, la force fondamentale, la féminine, n’a été aussi faible. L’énergie féminine est moribonde, niée, foulée aux pieds. Et la force rouge, livrée à elle-même, est destructrice. Voilà la seule chose à retenir.

        - Tu veux dire, que, pour une fois, ce ne serait pas une manipulation ? Plutôt un avertissement ? Une sorte de Wikileaks cosmique ?

        - Va savoir. Serait peut-être temps que vous vous posiez la question. Parfois, le reste de l’Univers se défend....

 

03/12/2012

La Foi c'est le Doute

        -Bon. Si tu dis que ça marchera...

        -Ça-mar-che-ra ! !

        -<Ça sera lu ?

        -Suis pas le bon Dieu, Thomas ! J’en sais rien !

        -Mais si c’est pas lu, à quoi ça sert ?

        -Et faire ton jardin, ça sert à quoi ?

        -J’en sais rien...

        -Ah ! Tu vois !

        -Non !

        -T’es de mauvaise foi...

        -Normal, non ?

        -C’est quoi qui est normal ? Ta mauvaise foi ?

        -Oui !

        -Et c’est quoi, normal ?

        -Ah ! Une question sensée !

        -La première. Et peut-être la seule.

        -C’est pas des renseignements que tu voulais, la dernière fois ?

        -J’ai tout ce qu’il me faut, et même plus. Ce qui me manque encore, c’est un cadre cohérent pour comprendre tout ça. Une grande prairie avec des points d’eau, une cabane, du fourrage, et une clôture solide, pour y lâcher tous ces délires moutonniers. Tu ne m’as pas répondu, pour le jardin.

        -J’en sais rien, je te dis. D’abord, j’y fais pas grand chose. Seulement le compost, et de la taille. Je sais que ça m’apporte quelque chose. Surtout le compost. De la joie, un pétillement dans la poitrine.

        -L’Œuvre.

        -Tu dis ?

        -L’Œuvre. le truc des Alchimistes, et des Compagnons. Tu ne connaissais pas ?

        -Entendu parler... Mais c’est la pierre philosophale, ça ?

        -On s’en fout, de ce caillou. T’as envie de changer du plomb en or, toi ?

        -Pas des masses. Tu as raison. Y’en a déjà trop qui font le contraire. Sans le remarquer. Faut le faire !

        -L’Œuvre. ce que vous appelez « travail », tout à fait trivialement. Un de vos chercheurs a compris que c’était important, que seul le travail vivant – il précisait bien ; «vivant »- crée de la valeur. Autant intérieure qu’extérieure, d’ailleurs. L’Œuvre. C’est la seule chose qui compte vraiment.

        -Et l’amour ?

        -Bien sûr. Pas d’œuvre sans amour. Et l’amour dans l’œuvre fait germer la connaissance. La vraie. La connaissance intime de l’univers.. Mais tu sais tout ça, déjà.

        -Un peu. C’est confus. Et je me décourage souvent.

        -Normal. C’est eux qui créent la confusion. Votre société est régie par des gens qui ont perdu tout contact avec l’essentiel. Qui prennent leurs fantasmes pour la réalité. Qui utilisent le travail des autres pour leur faire prendre corps. Ils s’isolent pendant cinq ou dix ans du monde vivant pour être initiés par des momies à un savoir mort. Austère. Et leur adhésion finale à ce savoir est sanctifiée par un bout de papier qu’ils appellent diplôme. C’est bien comme ça que ça se passe, non ?

        -De fait. Tu as l’air au courant.

        -Je fouine. Je me renseigne. Et quand ils ont reçu leur papier- qu’eux mêmes appellent encore parfois « parchemin »-, ils le mettent dans un sac qu’ils nomment « attaché-case »...- tu vois, la petite case attachée à leurs pas ? - , et vont s’installer quelque part au sommet d’une tour, où ils pétrissent l’intérieur de leur tête à l’aide d’un écran. Puis ils élaborent des théories, ou des directives, et s’en vont les raconter devant une caméra, entre deux publicités.

        -On n’est pas obligés de les regarder, tu sais. Enfin, pas encore. Y a le foot.

        -Dieu est grand ! N’empêche que c’est ces gens-là avec leurs diplômes et leurs idées préfabriquées, qui vous dirigent et vous disent, jour après jour, ce que vous devez penser, ce qui est normal, de quoi vous devez avoir peur, ce qu’il faut faire quand on a le malheur de rencontrer un inconnu. Ce sont eux qui vous disent de ne surtout pas croire ce que dit votre corps, ce que chante votre coeur, de ne croire que ce que eux, blouses blanches, costard-cravates, vous disent de croire du fond de leurs antres stérilisées, laboratoires ou sommet de donjons.

        -Dis, c’est pas un peu anti-intello, ton discours ?

        -Si tu appelles « intellos » ceux de vos congénères qui passent leur temps dans leur tête, déconnectés du Vivant, oui !

        -Continue comme ça et tu auras du mal à faire prolonger ton visa !

        -M’en fous. J’ai mes filières. Puis c’est pas un peu normal de s’énerver, quand on voit tout ça ?

        -Sauf que c’est plutôt moi qui m’énerve, d’habitude. C’est toi le gourou, et les gourous sont censés être zen.

        -Ah ouais...Gourou. Encore une de vos belles trouvailles.. Normal. Vous ne savez plus ce qu’est la connaissance. On vous fait croire que c’est des puces dans le cerveau. Vous ne savez plus ce qu’est l’amour. On vous fait croire que c’est un truc d’hormones. Et vous admettez tous qu’il est normal de donner l’or de votre travail à un rentier, pour qu’il le change en plomb. Alors, quelqu’un qui dit pas pareil, c’est forcément un gourou. Ou un dingue.

        -Je blaguais, Ayano !

        -Ah tiens ? LOL, hein ? On vous fait avaler n’importe quoi, mais c’est LOL. Et vous gobez. Vous êtes fantastique, cher public !

        -On parlait d’Œuvre, non ?

        -On est en plein dedans. Emotions. Colère, tristesse, gaieté. Chagrin, joie. Douceur. Courant de la conscience. Création quotidienne de la réalité. Dans le plus infâme des ateliers, c ‘est ainsi que se passe. La grandeur de l’Humain, c’est là. Et vous ne voulez pas le savoir. Et vous l’ignorez. Et vous dépréciez l’essentiel, en étalant vos egos prêts-à-porter. Et c’est là que je ne comprends plus. Comment faites-vous pour ne même pas voir ça ?

        -Voir quoi ?

        -Arrête, Thomas. Tu le sais, toi. Mais tu n’y crois pas.

        -Normal....Vu le contexte.

        -Non. Il n’y a pas de normes. Il n’y a qu’un grand courant. On nage avec ou on nage contre, c’est tout. Il n’y a qu’une transformation permanente, un fleuve qui nous emporte. Et à chaque instant nous sommes recrées par ce que nous mettons en œuvre...

        -Alors ?

        -Vas-y ! Avance ! Pas à pas... Sans te presser. Même sans y croire. La Foi est inutile.

         -Ouais. De toutes façons, ils diraient, eux : « La Foi c’est le Doute ».

15/10/2012

Au Seuil du Désert

        -Bon, alors ,tu laisses tomber ?

        -Bien envie. Bon, d’accord, c’est vrai que j’ai quelque chose à dire. Que je le dis. Que ça a, donc, un sens. Que parfois, je fais de belles envolées. Que, oui, ça me donne l’impression de combattre, tu vois, de fournir parfois des informations qui pourraient être essentielles à une résistance anti-robotisation, mais rien, que dalle, nib, netra, nada.

Pas le moindre écho, nulle part. L’infini silence des galaxies. Un filet d’eau qui se perd dans une terre aride. ..

Bref. Dès lors, je me pose, en toute bonne logique, la question que voici : à quoi, foutrebleu, cela sert-il ?

        -Tu me poses la question, là ?

        -Même pas. Appelle ça un constat, si tu veux bien. J’ai plus envie de perdre mon temps à ça. Plus envie de chercher. Plus envie de me creuser la tête à définir ce que tout le monde devrait, simplement, pouvoir sentir en soi-même. Plus envie de contacter des gens dont le seul intérêt est d’être, de par leur position, à un nœud de diffusion de l’information, un noeud-rhône, si tu veux, d’envoyer des courriels, des mises au point, des demandes d’explications qui restent toujours sans réponse, tant il est vrai qu’on ne questionne pas la Foi, surtout si elle est de Gauche et Scientifique...

Plus envie d’essayer de participer à ces débats internautiques, qui sont d’ailleurs aussi tronqués au départ que leurs équivalents médiatiques, à croire que l’esprit critique n’est pas pixelisable. D’ailleurs, c’était plus mon cap, si tu te souviens bien....

        -Me souviens. J’étais censé te fournir des conseils, non ? Te servir de guide, de gourou, comme vous dites.

        -Non. De caûtche. Co-ache. Gourou, c’est mal. Cautche, c’est bien.

        -J’arriverai jamais à piger votre Morale. Mais tu voulais trouver la voie du Narcissisme sacré, c’est bien ça ? Pour faire comme tout le monde et ne plus te sentir tout seul ?

        -Oui. Oui, et non. J’ai quelque chose à dire, et c’est pas possible de le faire entendre, alors qu’avant, il y a trente ans, c’était possible, et ça, ça m’étonne, parce que j’avais toujours cru au progrès, et au progrès de l’Humanité, et je me suis dit, bon, c’est pas le bon bout, aujourd’hui il faut parler de soi, je vois pas trop l’intérêt mais c’est ça qui marche, sur cette chose bizarre qu’il appellent la Toile et qui est devenu le moteur unique des rencontres non encore tarifiées, où ce qui accapare, qui focalise, qui concentre l’attention, ce sont de colossaux monuments de nombrilisme névrotiquement égocentrique, c’est ça qui marche, mon pote.

        -Et c’est pas ton truc...

        -Non. Je vois pas l’intérêt. Parler de moi, c’est pas intéressant. Et ça m’emmerde, profondément. Je suis pas différent des autres. Je suis vivant. Eux aussi...( Silence pensif ) Enfin, en principe, du moins.

 

 

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        -Donc, on y revient, tu laisses tomber.

        -Ouais. Et pour de bon, ce coup-ci.

        -L’écriture ?

        -Non. Ce type d’écriture-là. Ce type de recherche. Ces coups de gueule qui se perdent dans l’agitation névrotique des Non-Vivants. J’y arrive plus. Ça me fout la nausée.

J’avais presque lâché tout ça, et puis voilà que je m’y suis remis, pour une connerie d’élection.

Avec une liste de Gauche. Et à un moment, voilà que je me pose des questions..

Et que je leur pose les questions que je me pose.

Et qu’on me censure ces questions, comme dans le bon vieux temps. Dégoûté, je te dis. Marre...

        -Comme l’autre fois ?

        -Oui. Celle du tout début, quand j’ai lancé mon appel à l’Univers, comme on dit chez les développeurs personnels.

        -Et qu’Il t’a répondu...

        -Mouais. J’en sais trop rien. Le fait est que c’est à ce moment que tu as débarqué. J’ai toujours pas compris exactement d’où tu sors, et ce que tu viens faire, à part siffler mon pinard...

        -Eh eh...« Nous voulons des renseignements, numéro Six...Des renseignements ! « .

( silence )

Puis t’exagères, pour le pinard. Je t’amène du rosé de Loire, à l’occasion.

        -Juste...

( Ils sirotent un coup, en silence )

        -Je vais te dire,..

        -...Ayano.

        -?

        -C’est mon nom, ça. L’autre fois, tu as failli me vexer, en m’appelant « Méthode ». C’est bien de vos coutumes barbares, ça, d’attribuer des marques de fabrique à des êtres conscients.

        -T’as raison. J’étais bourré, et déprimé, ce qui n’est pas une excuse vu le nombre de fois que ça m’arrive. Moi c’est Thomas, à propos. On m’a jamais appelé Cyrille. Surtout pas ma mère. Elle avait beau ne pas s’y retrouver dans les noms de ses enfants, elle n’en inventait quand même pas de nouveaux. Surtout pas russes.

Les Russes, c’étaient des Rouges. Et les Rouges, c’était le Diable.

        -Thomas...( Il tend son verre vers le sien. Les verres s’entrechoquent, légèrement. Regards échangés ). À la tienne.

        -Sláinte mhath, Ayano !

        -Thomas. L’incrédule ?

        -Non. Erreur de point de vue, ça.

Plutôt celui qui ne croit que ce qu’il ressent, de tout son être. Celui qui ne s’en laisse pas compter par les fabriquants de poudre aux yeux scientiste. Ou mystique, ce qui revient au même. Enfin, pas trop souvent, quoi. Parce que c’est tellement bien foutu qu’on marche toujours un peu dedans, au départ. Mais de moins en moins longtemps, en tout cas.

        -Conviction intime, quoi...

        -Encore plus que ça. La vibration, l’harmonie, la manière profonde et immédiate dont le Vivant reconnaît le Vivant. Ce qu’on appelle la Magie. Ce que les Cons appellent l’irrationnel, ou le subjectif. Un mot qu’ils ne prononcent qu’en le crachant. C’est ce cap là que je reprends. Rien à perdre, de toutes façons. Le ferai exprès d’écrire mal. De faire des fautes. Je parlerai pas correct. Je distillerai ma colère à petites doses.

        -Pas l’air d’aller fort, camarade...

        -Ce jour d’hui, non.. Ces derniers temps, je me sens prisonnier. Prisonnier de ma solitude, des voies rapides qui déchirent les forêts et les landes, et qu’on ne peut traverser sans risquer sa peau. Prisonnier des métastases du cancer urbain, qui change nos villages et nos hameaux en banlieues, tristes comme des cimetières, et même parfois plus que ça, qui transforment les fermes en exploitations agricoles, des villas tristes entourées de hangars préfabriqués, prisonnier des néons partout présents – Zégurité, n’est-ce-pas – qui cachent les étoiles et changent les nuits de pluie en visions d’enfers orangés, prisonnier de trains conçus pour éviter tout vis-à-vis, toute rencontre imprévue, tout regard vers l’extérieur, le paysage, pour que chacun puisse se consacrer, seul dans son box, à communiquer avec le monde entier via la foultitude d’appareils que Big Brother nous offre, pour un prix modique, bien entendu, prisonnier de ce monde de machines et d’hommes nouveaux, post-humains.....

Non, c’est vrai, j’ai pas le moral. Mais je continue à l’écrire. Des fois qu’il y aurait encore des Vivants quelque part.

        -Tu y crois ?

        -Plus fort. Mais bon, c’est pas la peine d’y croire pour mettre un pied devant l’autre. Et puis, pas le choix. L’autre terme de l’alternative, c’est le suicide. Je ne comprends pas. Ils sont seuls, tous. Ou beaucoup, en tout cas. Mais ils croient qu’ils font partie de quelque chose de formidable, parce qu’ils ont Facebook. Et quand ils sentent un chatouillis quelque part, ils croient qu’ils jouissent. Simplement parce qu’on leur a fait croire que l’orgasme, c’est quand ça chatouille.

Mais ils sont tristes. Éteints. Quand tu les regardes bien, tu vois qu’il sont tous emballés dans une sorte de grand préservatif, qui les met à l’abri du soleil, de la lumière, du vent, de la joie, de l’imprévu, des rencontres non-programmées...Préservés de la Vie Vivante, quoi. Et ils compensent tout ça par un univers de fantasmes, que leurs diverses connexions alimentent à loisir. Et si tu leur dis ça, ils te mordent. Remarque, je les comprends. S’ils s’en rendaient compte, ils se suicideraient en masse.

        -Le suicide ? Tu y pensais vraiment ?

        -Non. Plus maintenant. Bien sûr que non. Pourquoi est-ce que je ferais du mal à mon corps, à l’animal en moi, qui ne demande qu’à vivre, aimer, rire, chanter ? Pourquoi je tournerais contre lui la violence imbécile de cet agrégat de Non-Vivants qui s’imagine encore constituer une société humaine ? Et puis tout n’est pas foutu...

        -Il reste le vin......

        -Tu l’as dit. Et que les puritains soient changés en statues de sel !

27/09/2012

Lettre à ma Gazette

Cher Journal,

 

Sympa  que tu es, chère Gazette.

Pleine de dessins et de bonne volonté. Tes dessins sont souvent rigolos, ils font sourire le ventre, qui en a bien besoin par les temps sombres et tristes que nous traversons.

Très franchement, cela vaut le billet de cinq euros dont je me fends chaque mois.

Après tout, finalement, quand j’allais encore à la messe, c’est ce que je mettais à la collecte, et pourquoi ne pas prolonger ce geste qui au moins me donne l’impression, à peu de frais, d’accumuler du mérite.

Bien qu’à mon âge, on n’en ait plus grand chose à foutre, excusez le terme.

Bon, je ne suis guère rapide.

Cette lettre concerne un numéro qui sera déjà largement sorti des mémoires cérébro-numériques de tes rédacteurs quand elle parviendra à tes circuits intégrés.

On me l’a déjà dit, d’ailleurs. Que je ne suis pas très rapide.

Faut vivre dans l’immédiat.

Réfléchir un an, ou plus, sur un thème quelconque, n’est vraiment plus tendance. A la limite du pathologique.

Je tiens donc à préciser que cette missive concerne le numéro du mois de septembre, celui où le dessin de couverture de notre cher Siné représente un Rom et un Franc, enfin solidaires dans la dèche...que feint de découvrir le Nouveau Doudou d’Obama.

Je disais donc, sympa. Qui éveille l’empathie. Et un certain sourire intérieur.

Mais peu d’espoir.

Très peu d’espoir de voir enfin émerger quelque chose de neuf.

Quelque chose qui ressemble un tant soit peu à un point de vue émergent sur le bordel saumâtre et glauque dans lequel nous pataugeons avec tant de consentement .

J’écris donc ceci avant tout pour me faire plaisir.

Depuis longtemps, très longtemps, je n’espère plus accueillir de réponse à mes missives, qui ont cessé, comme pour tout un chacun, d’être réelles missives dessinées à la plume pour devenir assemblage d’émoticônes numériques. Heureux les dessinateurs !

Toujours est-il que j’apprécie, bien-aimée Gazette, le fait qu’il y eut toujours jusqu’ici, un accusé de réception composé de deux ou trois mots gentils. Même ceci est, partout, devenu exceptionnel.

Que voulez-vous !

On n’a plus le temps, ma bonne dame.

Et l’on n’aurait guère l’idée de le prendre pour quelque chose qui ne nous ressemble pas.

Le point de vue qui s’exprime ici est devenu invisible.

Hélas !

Mes interventions internetiennes, sur forums et autre, provoquent, dans le meilleur des cas, un silence gêné. Ou une indifférence qui ne fait même plus l’effort d’être glaciale.

Ce qui fait que je me sens quelques points communs avec Siné-Mensuel, quand même.

C’est à ma connaissance le seul canard qui proteste contre l’interdiction de fumer dans les bistrots, interdiction tellement révolutionnaire que personne, à Gauche ( c’est quoi, ça ? ) n’a jamais fait mine de s’en offusquer.

Alors que c’est une mesure qui vise en premier les couches populaires.

Que Dieu vous bénisse pour cela.

Ah oui. Dieu.

Petite précision. Je fais partie de ces gens, peu nombreux, qui considèrent que se déclarer Athée est, en soi, un acte de foi, et que l’athéisme, accompagné de sa doxa laïcaliste, n’est en définitive rien d’autre qu’une nouvelle religion.

Et puisque nous sommes dans des temps où l’on enjoint même à la jeunesse de « choisir son sexe », entre l’Être et le Néant je fais mon choix. Je choisis l’Être, plongé dans la Vie Vivante et Éternelle.

Et j’emmerde les Prêtres de l’Obscurité ontologique.

Mais bon.

Une cigarette ne fait pas le printemps.

Un cigarillo de Semois peut-être un peu plus ? Avec un Saint-Chinian ?

Mais bon, redis-je.

Avant d’aller vers des considérations plus pessimistes, j’affirme avec force et conviction que ces gens qui aiment fumer une clope au comptoir d’un bistrot, avec un bon verre de pinard et des copains, sont peut-être bien les derniers des Mohicans d’une société à visage humain.

Ceci dit, je vais laisser parler le côté sombre de la force.

Voyons...

Dans ce numéro de septembre 2012, se trouve une intervioue de profs qui se plaignent avec pertinence de l’ultra-libéralisation en cours dans l’enseignement.

Ils ont, bien sûr, entièrement raison.

Et, longtemps avant Bourdieu, Illich faisait déjà une analyse très pointue de la fonction Scolaire dans notre monde.

Illich ? Non, pas Vladimir .

Ivan.

Un Catho dissident.

Se méfier des Cathos, surtout les dissidents.

Ceux qui prennent l’Évangile au cœur de sa sève.

C’est pas pour rien que la Gauche, à part quelques farfelus genre Latouche, n’en parle plus.

Ivan Illich. Qui a écrit « une société sans écoles ».

Et constate que la fonction scolaires est ce qu’on appellerait maintenant une simple fonction de formatage.

Mais passons.

Il est dit, dans cette intervioue, textuellement ; littéralement et sans faux-fuyants, que l’apprentissage du Français standard, de la Koinê francophone, la langue commune à tous ceux qui parlent notre vernacule gallique dans le monde, est un facteur de sélection « dirigé contre les milieux populaires » .

Je sais. Déjà, les locutions que j’utilise ici, « Français standard, Koinê francophone, » vont prendre à rebrousse-poil les convictions « égalitarisantes » de la Gauche.

La vraie.

Par exemple, celle des « leftblogs », où l’on préfère, pour des raisons d’efficacité, le terme anglais « leftblog » à, disons, « blogauche ». Ce dernier terme étant à la fois peu compréhensible pour un intellectuel, et comportant une lettre en plus. Ce qui le rend, bien entendu, nettement moins efficace sur Touitteur.

On préférera parler de « Français Correct », l’énoncé induisant, de manière mathématique, l’attitude qu’il convient de prendre.

Quand on dit « Français Correct », on voit bien la matraque tenue par les partisans de Mme Marine, qui veulent imposer aux enfants d’immigrés cette langue ringarde, eux qui préfèreraient tellement parler la langue de Mac Do et de Coca-Cola.

« Français Korrekt ». C’est encore plus clair comme ça. Je ne sais pourquoi, la lettre K a un effet visuel qui se passe de commentaire.

On devine là, au fond des coulisses, un vague mouvement. La Gauche, la vraie, celle des « Leftblogs » et de « Occupythestreets » ( c’est quand même plus facile à piger que « Ocuptarû », non ? ), se préparant à proposer LA solution pour mettre fin à l’exclusion scolaire.

L’Anglais pour tous.

Imparable. Inévitable. Indiscutable .

Et pourquoi ne pas commencer directement par les cours de Math en Anglais ?

Il est bien connu, et d ‘ailleurs ça ne discute pas, on frôlerait là le Blasphème, que les Mathématiques ne peuvent pas, par essence, être un facteur de sélection.

Si on ne pige pas les Maths, c’est qu’on est con.

C’est scientifique, ça. C’est prouvé.

Et il est quand même normal que les Imbéciles n’accèdent pas à des postes qui leur permettraient, par exemple, de faire de la recherche fondamentale.

La sélection, c’est le travail, au choix, du français, du latin, des la Philosophie, ou de l’Histoire.

Pas des maths, grands Dieux.

Les mathématiques, c’est LE langage de Dieu.

Pardon. Je blasphème à nouveau. J’oubliais que la Gauche est laïque, et Athée.

Je n’ai jamais trouvé nulle part aucune allusion au fait que les maths pussent être un facteur, primordial en outre, de sélection. Ce que savent pourtant tous ceux qui ont des enfants en âge scolaire.

Affirmer cela serait, comment dire, affirmer que la Science n’est pas Une et Indivisible.

Et poser à voix haute des questions sur la Science c’est, par définition, le pire Blasphème que puissent entendre des oreilles de Gauche.

Non, pardon. .

Ça c’est pas un blasphème. Le Blasphème, celui qui sous-tend la revendication du droit au Blasphème,

c’est seulement se branler avec des poulets morts dans une Église en Russie, ou représenter le Prophète se livrant à des pratiques sexuelles perverses.

Ça c’est Bien.

Affirmer que les Maths puissent être le critère PRINCIPAL de sélection, ce n’est pas un blasphème. C’est réactionnaire, simplement.

Chacun sait que les réactionnaires, depuis toujours, sont opposés aux mathématiques. Sauf les banquiers, peut-être. Et les actionnaires.

Et les cours de maths en Anglais, ce serait doublement libérateur.

L’Anglais étant, on le sait, la langue de ceux qui partout interviennent dans le monde, en particulier le monde Musulman, d’abord pour libérer les Femmes de l’oppression patriarcale, et bientôt, partout ailleurs, pour la libération des Homosexuels.

L’Anglais étant aussi, par définition, par nature, la langue même de l’expression musicale, la langue élue des Dieux qui seule permet l’exacte peinture de la complexité de l’âme.

L’Anglais étant, enfin, la langue de Touitteur, de Fesbouc, et de toutes ces prodigieuses avancées technologiques qui donnent aux gens, dans les trains de banlieue, le regard pétillant de ceux qui communiquent.

Et ainsi, la jeunesse apprendrait, enfin, à compter directement dans la langue du chiffre te du calcul.

Calcul sans lequel aucune civilisation n’est possible.

Amen.

 

 

30/08/2012

Deux Arbres...

 

 

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Deuxx Arbres,

Deux Rouvres bruissant de feuilles et de couleurs,

Chant du vent et trilles d’oiseaux,

Ondulations des branches au rythme des courants aériens,

Merles et pies,

Chats et danses d’ombres,

Deux arbres, joie de vivre, paix du soir

Tronçonneuses,

Au seuil de l’automne,

Au seuil du flamboyement final,

Hommes-machines satisfaits de leur travail,

Deux tronçonneuses,

Trois hommes,

Une grue comme une potence,

Quatre regards satisfaits,

Petites femmes soulagées de la corvée annuelle du ramassage des feuilles mortes,

C’est sale, les feuilles mortes,

Ça fait négligé,

Un cimetière, ça doit être propre

Trois hommes, satisfaits du devoir accompli,

Et deux arbres,

Changés en poteaux,

Changés en potences,

Chassés les merles,

Inquiets les chats,

Résignés, les amoureux

Plus d’abri pour s’embrasser sous la pluie,

L’Ordre règne, à nouveau...

Combien de temps nous reste-t-il ?

28/08/2012

Rédaction -Les Quatre Zéléments

[ Tiens, on va leur donner un nom, pour une fois, aux protagonistes. Cyrille et Méthode ; par exemple. Cyrille est assis à une table, genre table de cuisine. Il se tient la tête. Devant lui, une feuille, encore en grande partie blanche. Comme à son habitude, Méthode apparaît. Paf, comme ça . ]

        -Bon, ben, qu’est-ce que tu fais, là ?

        -Ça se voit pas ? J’écris.

        -T’as pas l’air bien luné, là....Ça serait-y que je dérange ?

        -À peine...T’arrives ici en courant d’air, tu fous tes pieds boueux dans le courant de mon inspiration, tu souffles en outre la flamme de mon génie, et je parie qu’en plus t’apportes rien à boire.

        -Là, tu te trompes. J’ai amené un Bourgueil.

        -Rouge ?

        -Non. Rosé. Pourquoi ?

        -Question d’inspiration, de nouveau. Le sang de la terre, tout ça...

        -Le sang de la ... ? ! ?. Bon. Je vais chercher des verres.

[Bruits communs de chaises remuées, de tiroirs ouverts dans un concert de couverts, tire-bouchon se mesurant au liège, et « mops ! » final et triomphant, clapotis guilleret d’un liquide s’épanchant dans le verre, et verres s’entrechoquant enfin dans une volonté partagée de fraternité cosmique, ce genre de choses...]

        -Alors ?

 

bourgueil,vin,ésotérisme,terre,eau,air,feu

 

 

        -Ouais. J’explique. Je participe à un truc.

        -Un truc ?

        -Ouais. Un stûte. Une espèce de concours.

        -Un concours ? Toi ?

        -D’écriture. Ben ouais. Un peu de sérieux. Si je veux sortir de ma province, passer à la télé, voir des gens comme-il-faut, des femmes faciles, et les vacances au soleil en prime, faut assurer. Suivre les filières établies. S’adapter, quoi. ! Et jouer le jeu de la cooccurrence.

        -Grands Dieux ! [ Un soupir, suivi d’un long silence. Et d’une gorgée de Bourgueil rosé. Il poursuit. ] Et tu fais ça sans prendre l’avis de ton caûtche, ici présent, je te signale ?

[ Silence boudeur en face ]

        -Bon. Fais voir, au moins !

[ Cyrille lui tend quelques feuilles, manquant au passage de renverser son verre. Dont il s’empresse de boire un coup, on ne sait jamais. }

        -« Rédaction : les Quatre Zéléments « . Pourquoi, rédaction ?

        -Bon, c’est pas ça que c’est ? Parlez des quatre éléments. J’ai pas tout bien lu, faut dire, j’ai du mal sur les écrans et le chef était là, j’ai pas pu l’imprimer.

        -Bon. Mais faut pas dire « rédaction ». On va te prendre pour un guignol, ou, pire, pour un paysan qu’a mal digéré l’école. Enfin, voyons.

[ Il lit un peu. Commence à sourire. Cyrille s’inquiète, se tortille sur sa chaise, puis, d’in ton assez pincé ;]

        -C’est drôle ?

        -Je sais pas trop. En un sens, oui...

[ Il relève la tête ]

        -Tu comptes vraiment envoyer ça ?

        -Ça quoi ?

        -Attends. Je lis. « Dans le Flux Cosmique du Vivant, l’onde primordiale m’emporte. Éparpillé en étincelles palpitantes, je m’éveille feu, et océan. Air, et lumière. Terre, et vent. 

Terre, sagesse et méditation.

Feu, joie et pétillement.

Sang, sang, Feu et Océan.

Vent, vent, chant de l’air renouvelé. »

        -Ouais. Et alors ? C’est pas vrai, peut-être ?

        -Alors... ?

[ Méthode boit un coup. Se roule une clope. L’allume. Tire dessus sans se presser. ]

        -Tu as entendu parler de cette tribu gauloise où le barde finit toujours les banquets ligoté à un arbre – et bâillonné, en prime ?

        -Vaguement...

[ Il hausse les épaules ]

        -Faut essayer, non ?

        -Ouais. Mais si tu rates le banquet, tu rates les femmes aussi, mon gars. Faut réfléchir. ..Ils vont trouver ça ringard.

        -Et après ? On est des Vieux Ringards, non ?

        -N’empêche. Vont te dire qu’ils n’attendent rien, mais surtout, c’est pas ça qu’ils attendent, et ça c’est sûr. Ça, c’est du Grand Guignol et en plus c’est bâclé...

        -Alors ?

        -« Pa vin ket klasket, vin kavet. « Quand on cherche, on ne trouve pas. Tu es plus inspiré quand tu râles.

        -Comment ça ?

        -Le sang de la Terre. Les pieds boueux. La flamme du génie, ça se discute, soi dit en passant.

        -Le pinard ?

        -Bien sûr ! Quoi de plus ésotérique que le vin ? S’il y a un Graal où fusionnent les quatre éléments, c’est bien celui-là, non ?

        -Tu crois ?

        -Tu sais pas ça, peut-être ? Sa couleur, d’abord. Le sang de la terre. Cliché, si tu veux, mais bien oublié dans notre puritaine époque. Le feu volcanique, la Vouivre de l’inspiration qui te gonfle le coeur,  et  éparpille les bornes de ton quotidien au vent de toutes les idées folles qui étincellent dans la nuit. ..Et au final de l’ivresse la sagesse de la Terre qui t’invite à la méditation, couché sur Elle , les bras ouverts à l’Immensité...

        -Mais on peut pas dire des trucs pareils. C’est pas politiquement correct.

        -Choûte-mi bin, valèt ! T’as déjà fait bien pire, non ?

        -Ouais, mais j’aurai l’air de quoi ?

        -T’auras l’air, simplement. Il manquait à la chanson çui-là....