08/08/2012

"Curiosity" et les Hommes-Machines

Existe-t-il une vie intelligente sur terre ?

Ça se saurait, non ?

Peut-être les Dauphins...tant qu’il en reste.

Et quelques rares Humains marginalisés par les hommes-machines..

Des Hommes-Machines qui envoient des sondes sur l’autre monde vivant de notre banlieue cosmique en affirmant qu’ils cherchent la vie...

Faux.

Ils essaient seulement de prouver que la vie n’existe pas.

Ni sur Mars.

Ni ailleurs.

Qu’il n’y a aucune différence entre la matière morte et la matière vivante.

Que la vie c’est rien qu’une affaire de réactions électrochimiques prévisibles  et donc contrôlables, réactions électrochimiques produisant des déchets...

Que la vie est calibrable, et formatable.

Pourtant...

Il y a des étangs sur Mars.

De grands Arbres.

Des lichens qui formant une croûte sur la surface, comme une peau vivante.

De grands animaux, peut-être des baleines des sables, au métabolisme très lent.

 

 

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Mais on envoie une sonde dans un lieu où l’on est ûr de ne rien trouver.

Comme si, par exemple, des extra-terrestres envoyaient, après mûre réflexion, une sonde dans le désert de Gobi.

Voyez ce qu’en dit « Le Point »...

Qui est un journal sérieux. Comme on aimerait bien être quand on sera grands.

Il dit :

« Curiosity doit, au cours de sa mission de deux ans, vérifier si la Planète rouge n'abrite pas des traces de constituants de la vie autres que l'eau recherchée lors des précédentes missions »

Ce qui permet de comprendre :

Petit a que la vie est composée de constituants...

Petit b, que le but de la mission en cours est bien de vérifier qu’il n’y a pas de traces de ces dits constituants.

Non, rassurez-vous, braves gens. On ne trouvera rien. Et même si une belette martienne venait faire des grimaces devant la caméra de Curiosity, soyez assurés que l’on trouverait à ce phénomène une explication plausible, rationnelle ..

Adulte, pour dire vrai,

Du style :
« C’est rien qu’un ensemble aléatoire de poussières qu’un mouvement atmosphérique provoqué par un gradient différentiel de température a déposé sur la glace de l’objectif »

Amen.

20/06/2012

Nous irons danser dans l'île....

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19/06/2012

La Prairie

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11/06/2012

L'arbre et la porte.

        -Sensei ?

        -Plaît-il ? Tu m’appelles Sensei, maintenant ? Tu as trop bu, ou ta as percuté un arbre en venant ?

        -Y a un peu de ça...

        -Précise...Je te signale que moi, je suis à jeun...

        -Non. L’arbre.

        -L’arbre ? [...] Ah tiens ...

[Long silence méditatif. Puis il se lève, va vers la cuisine. Ramène une bouteille et deux verres. Pose un verre d’avant son interlocuteur qui semble perdu dans une rêverie cosmique. Se rassied. Remplit les verres d’un liquide jaune-vert, pétillant. ..]

        -Santé, comme vous dites par ici...

[L‘autre, toujours rêveur, porte le verre à ses lèvres. Lape un peu. Clappe la langue.]

        -Aah.. ! [Il semble émerger]..Du cidre...[ Claquement de langue ] Breton ?

        -Tout à fait indiscutable. Alors ? Ton arbre ?

        -Ah oui...[ son regard se fait vague ] Sensei...

        -Mais pourquoi Sensei, grands dieux ! Continue comme ça et tu vas me dédier un autel, et te prosterner devant, et chanter le Hannya Shingiyô, et allumer de l’encens, et je te fais remarquer, en outre, qu’en principe on est pas sensés renverser les rôles, et que c’est toi qui sers à boire, d’ailleurs c’est pas le rôle de l’invité, tu es chez toi, b...

        -Qui est le Maître ?

        -Aaaah ! Voilà ! Bois encore un coup, ça te remet la tête à sa place...Mais tu sais quand :même qu’il n’y a pas de réponse. C’est à la fois la question centrale et la moins importante de toutes. Il n’y a, en réalité, ni maître ni élève. Tu sais certaines choses et moi, j’en sais certaines autres. Je te pose des questions et tu m’en poses. Tu as un regard et j’en ai un autre. Nous ne faisons rien d’autre que métisser nos paysages intérieurs. Harmoniser nos perceptions...Echanger des informations, vulgairement dit.

        -L’arbre.

        -Oui ?

        -C’était pas un arbre. C’était une plage.

        -Bon. Tout est possible, bien entendu.

        -Je voulais voir la mer. Besoin d’air. Besoin de me plonger dedans. Elle me manquait trop. Je suis parti vers Dunkerque. Bray-Dunes, exactement...J’ai marché une journée le long des vagues. Et j’ai eu peur. Très peur.

-Peur...[Songeur ] Ouais, ouais...

        -Oui. Peur. J’ai déjà vu la mer plate, comme morte. Sans air. Je l’ai déjà vue noire. Je ne l’ai jamais vue ainsi. Sa respiration. Une haleine noire, fétide, lourde, qui serre le coeur et mange toute lumière...et s’en allait vers l’intérieur des terres...Est-ce que tu sais quelque chose de ça ?

 

 

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        -Elle se nettoie, c’est tout. Elle bougeait ?

        -Oh oui. Vivante. Pas froide. Mais mes pieds devenaient transparents, à son contact. Le gauche dans le mauve, le droit dans le rouge.

        -Oui oui...Et tu as eu peur...

        -Peur. Et puis déprime. Comme une sensation de fin du monde...

        -Banal. Certes impressionnant. Un choc, quoi ?

        -Oui. L’exact contraire de ce qu’on va chercher au bord de la mer...

        -Bon, ta plage, c’était pas un arbre, c’était un mur. Un mur de béton.

        -Oui. Et le lendemain, j’ai traversé le pays dans l’autre sens. Pluie battante. Nuages noirs, parfois d’encre. Et tous les gens que j’ai croisés, partout, vaquaient. A leurs routines.  Ordinaires. Eux, rien ne leur fait peur...sauf les femmes voilées, peut-être...

        -Crois-tu ?

        -J’en sais rien. Et je m’en fous. C’est seulement que j’ai, là, réellement compris que ça ne sert à rien de se battre...

        -Ah ! Je commence à piger ton « Sensei » du début.

        -Oui. Existe-t-il un non-Eveil ? Quelque chose qui soit radicalement l’inverse de l’Eveil ?

        -Tu as compris un truc important, non ?

        -Un peu, oui...Depuis je ne m’en fais plus trop pour eux. J’ai fait des confettis avec quelques-uns des brouillons que je destinais à des activités militantes. J’ai rattrapé mes lessives en retard...

        -Alors. L’Eveil ? 

        -Sais pas. Une porte, peut-être ?

30/05/2012

Yi-King et Lanterne

        -Rien à ajouter...

        -C’est à dire ?

        -Rien d’autre depuis la dernière fois. Je continue à m’indigner, à rager, à tempêter. Toujours pour les mêmes raisons. La prodigieuse attaque idéologique en cours contre les fondements mêmes du Vivant.

Et puis je me rends compte que je suis seul, tout seul, et que c’est inutile de faire quelque chose, et puis quoi, d’abord ?, et que tu as raison, et que les sages anciens ont raison, le non-agir, « wu-wei », tout ça...

        -Je me disais aussi...Tu t’agites pour rien.

        -Sans espoir. Je sais. Mais ça suffit pas de la savoir, faut changer de cap, et la barre est lourde.

        -Cherche un courant. Je veux dire, trouve un courant.

        -Oui. J’étais tellement paumé, la dernière fois, que j’ai interrogé le Yi-King.

        -Ah ouais... ! !

        -Tu...connais ?

        -Un des rares trucs de votre banlieue qu’on se donne la peine d’étudier. Une des rares perles qui font croire à certains que vous n’êtes pas tout-à-fait foutus. Qu’il vous reste un avenir.

        -Rien à voir avec l’avenir, pourtant..

        -Je sais. Façon de parler. Votre vision du Réel est tellement tronquée, unilatérale, myope, qu’il est difficile de s’en approcher en utilisant une de vos langues dominantes. Vos mots sont inexacts, imprécis, entachés d’émotions mal placées et de manques irréductibles. Au point qu’un de vos sages estimait nécessaire de se déplacer avec une lanterne quand il cherchait quelqu’un à qui parler. Et donc, tu disais ?

        -Que j’ai interrogé l’oracle, comme disent ceux qui croient aux pouvoirs occultes.

Et que la réponse m’a réjoui, tout en me condamnant à ronger mon frein.

        -Essaie les carottes, c’est meilleur...Euh...Escuse, ça m’a échappé.

        -Heum...Donc, j’ai tiré l’hexagramme 24, ..

        -Fu ! Le Retour !

[ Bouche bée, le temps d’un battement ]

        -Là, tu m’impressionnes.

        -Effets spéciaux. Paraît que vous aimez ça.

        -Bref. La réponse m’a impressionné, elle aussi. D’abord, la beauté du kanji, que je m’applique parfois à dessiner.

        -Excellent exercice.

        -N’est-ce-pas ? La calligraphie. L’art martial du dessin. Le geste juste, sans scories, sans traces. Répéter cent fois, mille fois, jusqu’à ce que tout, la main, la tête, l’œil, le marqueur, la feuille, ne fassent plus qu’un, Jusqu’au moment où tout coule de source, où il n’y a plus rien entre la Vie et sa trace...

        -Bon début. Et le reste ?

        -Le signifié ? Le sens ? L’explication ? la voie ?

        -Le quai ?

        -Te fiche pas de moi....Ça disait : « Retour. La résurgence. Le tout début du renouveau. »

Et encore : « Sortie et rentrée, sans fébrilité ». « Le chemin retourne en avant, retourne en arrière »

        -Ça colle. Mieux : ça converge.

        -Te le fais pas dire. Et encore : « Ainsi les anciens rois, en fermant les passages au moment des solstices, faisaient que marchands et voyageurs ne circulaient pas. »

        -Et tu en captes quoi ?

        -La paix. Le retour aux sources, aux miennes, de sources. La fin des tracas inutiles, émotionnels, passionnels. La contemplation des pensées tarabiscotées qui continueront à surgir, sans se donner la peine de s’y arrêter. Sans le devoir de mise-en-oeuvre. La fin de l’indignation.

        -Et la question, c’était quoi ?

        -Et si j’arrêtais de me battre ?

21/05/2012

Vieux Ringards...

       -Ça va être dur... !

       -Je te crois. !

[ Ils sont assis autour d’une table, l’un face à l’autre. A peu près au centre, une bouteille de rosé, entamée. Du Listel, à vue de nez. Un cendrier se remplit doucement de mégots. Pas des cigarettes, des roulées.  ]

       -Je te sers ?

       -A ton avis ?

[ Comme un gargouillis de fontaine au milieu d’un bois. Tintement de verres. Bruits de gosiers et claquements de langue.]

       -Donc, tu me crois. Bon. C’est déjà ça. Mais franchement, je me sens un rien paumé, là, pour le moment.

       -Rien d’étonnant. Tu ne t’en rends pas vraiment compte, mais tu avances. A une vitesse pour vous phénoménale. Tu es presque sorti de leur champ des possibles.

       -Le quoi ? Le chant des possibles ? Comme le chant du monde ?

       -Non. Pas comme ça. C’est pas « hé, ho, j’aime bien la bouteille, oh, hé, le bon vin du matin » . Limite rien à voir. Champ. Comme y en a plain autour de ton bled. Mais c’est pas du colza, ni du maïs, ni des ruminants qu’on met dedans. C’est des possibles. Des trucs qui peuvent arriver, qui peuvent se produire. Poliment, bien sûr, et en respectant la « Netéthiquette ».

       -Ah ouais, d’accord. Je vois. Et en fait je vois rien du tout. Moi je te dis, « ça va être dur », et toi, tu me causes ruralité.

       -Un champ, c’est aussi un ensemble comprenant un certain nombre de bidules...Vois ça plutôt comme une pâture clôturée. Ils sont là-dedans, ils déambulent. Ils savent où sont les clôtures. Le fil électrique, tu vois ? Et sentent, d’instinct, quand on se trouve trop près des limites. C’est peut-être la seule chose qu’ils perçoivent encore, mais ça, ils le sentent. Et ça les rend enragés si quelqu’un s’en approche volontairement, ou, pire, leur montre qu’il n’est pas difficile de passer dessous. 

       -Bien reçu. Danger, alors ?

       -Danger. Gros risques de réactions lourdement émotionnelles, de virulentes à très virulentes. Avec appel éventuel à la délation anonyme, pas besoin de te faire un dessin.

Tu en fais ce que tu veux. Mais, pour toi, ça devrait suffire de comprendre ce qui se passe dans leur monde, et comment ils y fonctionnent.

       -J’y ai mis trente ans, quand même !

       -Je te le fais pas dire. Et moins d’un an pour jeter l’éponge, ce qui n’est pas trop mal., pour parler comme vous.

       -Je le répète, ça va être dur.

       -Non... Pas vraiment. C’est dur tant que tu te sens impliqué. Dis-toi bien que tu n’es plus concerné. Que tu as pris le maquis depuis longtemps  Que s’ils ont envie de croire dans leurs croyances préformatées, tu n’y peux rien. Et n’essaie surtout pas de t’y opposer.

Le hic, c’est ton passé, évidemment. Les émotions, les souffrances qui ressortent, en particulier quand il est question de ce truc dont tu parlais, là, l’autre fois.

       -La NMS ? ?

       -La Haine-et-Messe ? Ah, c’est des lettres !  Joli. Je n’ai jamais très bien capté votre goût immodéré pour les abréviations confusantes et les chiffres emmêlés, je dois dire.

       -Normal. T’es qu’un étranger, tu peux pas savoir...

Ça veut dire : « La Nouvelle Morale Sexuelle ». Celle qui s’insinue partout, en attendant qu’on l’impose par la force. Semble beaucoup plus efficace que l’ancienne,

       -Ah oui. Ce truc là. Le prélude au clonage, quoi ?

       -J’en ai bien peur.

       -Et tu as raison. D’en avoir peur. Mais pas de t’en faire. Parce qu’ils n’iront pas jusque là. Ils n’auront pas le temps. Et c’est inéluctable. Et c’est tant pis pour eux.

       -Alors ? Rien à faire ?

       -Espérer un sursaut du Vivant. Qui viendra, de toutes façons. Etre prêt à plonger dans ce courant-là.

       -Et ne rien dire ?

       -Oh si, bien sûr ! Mais pas sur cette scène-là. Celle des gens qui y croient. Tu connais mieux que moi leur manie des bûchers.

       -Ouais...

       -Alors, tu tires ta révérence. Plus de thèmes politiques. Plus de réflexions sur l’actualité qu’ils se fabriquent. Et qui, d’ailleurs, est insondablement vide, à l’image de leur monde intérieur. Finis les appels à l’insurrection des consciences. Ils comprendront d’eux-mêmes, ou pas du tout. De toutes façons, arrête de te battre la coulpe. Personne n’y peut mie. Ils ont peur de la Vie, c’est comme ça, et rien ne les changera, jamais.

       -Jamais ?

       -Regarde ce que sont devenus tes copains du temps jadis...C’est pas de ce côté que viendra un changement, s’il doit venir. Après tout, tu es autre chose, non ? Arrête de te prendre pour un chroniqueur médiatique.

Laisse-les se battre entre eux, se déchirer sur une virgule, ou sur un point, ou sur un atome, ou sur une hormone, ou sur une molécule. Laisse-les instaurer des lois qui interdisent aux gens de voir des vessies quand on leur dit « c’est des lanternes ».

Ça t’intéresse, de continuer comme ça ?

       -Pas vraiment.

       -Alors ?

       -Scrupules, comme toujours. Le Devoir Sacré. Le devoir de parler, quand on sait.

       -Foutaises. Laisse-les courir au précipice. Et de temps à autre, chante leur une chanson en Gaulois, sonne-leur un air de crincrin. Que pendant une seconde ils sentent quelque chose vibrer en eux. Que le temps d’un battement ils sentent Gaïa vivre sous leurs pieds.

Devoir de parler ! Vous me faites marrer avec vos devoirs, vos obligations morales, vos scrupules ! Vous avez jamais remarqué qu’il y a quelque chose qui sonne faux , là-dedans ?

       -Eux non, apparemment.....J’y croyais, moi, pourtant. Un de mes premiers textes, c’était « le feu sur la colline ». Tu sais, ce truc-là : un feu qui s’allume, et d’autre feux qui s’allument sur les collines d’alentour, comme en réponse.

       -Et ça a donné ?

       -Rien, évidemment. Mon feu s’est éteint, le jour s’est levé, et les collines d’alentour étaient vides de toute présence humaine. Mais j’avais bien aimé l’écrire, à l’époque.

       -C’est bien ce que je te dis. Reviens au Plaisir. Le vrai plaisir. La joie de vivre. La Joie tout court. Et si tu veux parler, il reste la philosophie.

       -C’est quoi, ce truc-là ?

       -Encore un truc de Vieux Ringards. Je t’expliquerai, à l’occasion.

 

03/05/2012

Chiffres Guerriers...

        -Des chiffres !

        -Mais...J’ai encore rien dit !

        -Juste. D’habitude, c’est toi qui commences, c’est vrai. Par une banalité du genre : «  C’est quoi ? Tu fais quoi ? Quoi de neuf ? « , tu vois. Aujourd’hui, je prends les devants, avant que tu ne me demandes ce que je glande.

        -Tu serais pas de mauvais poil, toi ?

        -Entre autres. Donc, j’écris des chiffres. Je fais mes équations personnelles. Privées, comme on doit dire de nos jours. Je prends tous les chiffres qui constituent ma date de naissance, je les mélange, les triture, les malaxe, les maltraite, les fais cuire à petit feu, afin qu’ils me sortent, par la magie d’un miracle que je mérite autant que n’importe qui d’autre, les numéros gagnants du Lotto.

        -Du ... ? ! ?

        -Lotto. ! Oui ! Marre. Veux devenir, comme ils disent, scandaleusement riche, et me tirer de ce putain de monde à la con qui se rend même pas compte qu’il est en train de crever...

 

 

Guerriers, morale, abstinence, souffrance, joie vivante, bonheur, partage,

 

 

        -(..) Euuuh...T’es sûr que ça va ?

        -Non, ça va pas ! Si tu commences à poser des questions aussi idiotes que mes collègues de boulot, c’est pas la peine. Y a rien qui va, rien ! Misère et solitude au programme, rien d’autre comme horizon. Rien d’autre comme perspective. Et tu sais ce que ça veut dire, solitude ?

        -Pas trop, non. Me reste encore beaucoup à apprendre de vos coutumes si pittoresques.

        -Solitude. Ça veut dire : « abstinence ». Ça veut dire : « plus jamais « . Plus jamais la joie partagée. Plus jamais les corps qui se retrouvent. Plus jamais le soleil intérieur. Plus jamais le bonheur de se sentir pleinement vivant, jusqu’au bout des orteils.

        -Mouais. Le pire des châtiments, quoi ! Si j’ai bien compris ce que vous entendez par là...

        -Exact. Et c’est ainsi qu’on punit ceux qui n’ont pas été capables de faire la guerre, ou qui ont refusé, ou les deux. C’est ainsi qu’on les punit de ne pas s’être battus pour être les premiers à l’école, les premiers à la Grande École, les premiers au boulot, les premiers dans la lutte impitoyable que les guerriers doivent se livrer entre eux pour l’accès aux femelles, avec, d’ailleurs, l’approbation soumise de ces dernières.

        -C’est vrai, ça ?

        -J’exagère même pas. Je vais te dire, c’est encore pire que ça. Et le pire des pires, c’est qu’ils ne le savent même pas. Ils souffrent, et ils en rient. Ils ont mal, et ils regardent la télé, pour faire passer. Ils prennent des médocs. Ils jouent au Lotto. Ils se font opérer. Ils vont en vacances dans des ghettos dorés. Et quand, par hasard, ils en parlent, ils font semblant d’en rire. Les guerriers doivent rire de leur souffrance. Mais il est convenu de n’en point parler.

        -Tu parles bien de...

        -Oui, évidemment ! De quoi tu veux que je parles ? De ce truc, dont on ne peut parler qu’avec des mots grivois, ou médicaux, et avec des sous-entendus. Mais qu’est-ce qui donne un sens à cette vie, si ce n’est le bonheur de se sentir vivant ? Regarde autour de toi, grands dieux !

        -Ben oui, on avait remarqué, et ça nous intrigue pas mal. Cette omniprésence des femelles dans vos images, sur vos écrans, dans vos journaux, la plupart du temps dans des attitudes qui sont chez nous des invites sans équivoque au partage de la joie vivante...Mais pas chez vous, apparemment ?

        -Oh que si ! C’est là tout l’art. Chez la plupart des gens, les « perdants », il n(y a plus que la nostalgie de ce qui aurait pu être. Alors, ils achètent le produit qu’enveloppe l’image. Ils achètent, et ils achètent encore. Et ils travaillent, de plus en plus, pour pouvoir payer. Et jamais, bien sûr, ils ne seront comblés.

        -Et c’est ça, ce qui te fâche...

        -Bien sûr. Mais ce qui me fâche encore plus, c’est que dans cette période où la parole se libère un petit peu, un tout petit petit peu, ils continuent à jurer par leurs vieilles morales de guerriers, et ne veulent rien savoir de cette souffrance-là.

        -Bon, bon, bon. En somme, on était partis, à l’époque, de DSK, et on y revient par la tangente...Et tes chiffres, là ?

        -Ben, je vais les jouer, tiens !

        -Et si tu gagnes ?

        -Très simple. Mon premier acte de riche scandaleux sera de te dénoncer comme immigré clandestin. Na !

 

23/04/2012

Vingt-et-Un Avril – La grotte aux Fées

-Quoi de neuf ?

-Merde ! Tu m’as fait peur. Tu pourrais pas passer par la porte, comme tout le monde ? Et sonner, d’abord. Ça se fait, sais-tu !

-Pis quoi encore ? D’abord, t’as commencé par un gros mot.. On peut pas dire de gros mots sur Internet. C’est Mal.

-Eh Oh ! On est pas sur Internet, là, je te signale.

-Et on est où, alors, selon toi ?

-Moi j’appelle ça un « nomane slaneude ». Une gâtine. Un pays intermédiaire. Une lande baignée de brumes grisaillantes et mystérieuses.

-Toi, tu as forcé sur l’Orval.

-Toujours ces insinuations, hein ! Tu finirais par me rendre raciste. Faudrait savoir. Déjà que j’ai du mal à me laisser aller ! Puis si tu veux un Orval, tu te sers. Pas la peine de te dire où est la cuisine.

-Bon . Et c’est moi qui insinue, hein ?

[ Bruits divers, dans le registre bouteille qu’on débouche, pchiit, verre contre verre, pétillements mousseux, bois de chaise sur dallage fraîchement nettoyé, puis roulage de clopes et pierre de briquet, flamme, fumée... ]

-Ah !

-La question, c’était donc petit a , quoi de neuf, petit b, où est-on ?

-Et j’ajoute un petit c : qui parle ? parce que là, le lecteur va se perdre.

-Merde ! T’as raison !

-Bien joué !

-Plaît-il ?

-Oui. Celui qui dit des gros mots, c’est toi.

-Ah ouais ? parce que toi, jamais, peut-être ?

-Chte l’ai djà dit ! Moi y en a caûtche de toi. Caûtche, ça civilisé, ça causer correct, ça raffiné-raffiné, ça...

 

 

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-Je reviens à ma lande...

-C’est bien ! Tu progresses. Il faut apprendre à couper la parole aux autres.

-Dur, pour un timide.

-Je sais. Mais c’est que comme ça qu’on y arrive.

-Personne sait ce que c’est que d’être timide. Sauf les timides, bien sûr. Qui par définition n’en diront rien.  On est coincé, dans sa peur de faire souffrir l’autre, de lui faire mal, de le blesser, de la choquer. Et du coup, on bouge plus. On fait plus rien. On n’ose même pas regarder les femmes, dans la rue. De peur qu’elles sentent notre regard comme une agression. Paradoxal, à notre époque de puritanisme pornographique.

-Et... ?

-On n’ose pas être naturel.. On essaie d’être « comme il faut », et c’est sans espoir, puisque les comportements obligatoires ne sont décrits nulle part. Le naturel, c’est mal vu, de nos jours ; Très très mal vu. C’est devenu obscène.. Alors que les fantasmes pour nous les plus obscènes sont présentés comme « allant de soi ». Mais je parlais de ma lande. De cette lande, envahie de brumes et l’instant d’après éclatante de couleurs.

-Comme le temps.

-Oui. On sait pas où on va. Tous les courants convergent vers le centre de cette lande, où se dressent des mégalithes oubliés. Et...

-Vas-y !

-J’ai découvert une vieille, très vieille inscription, sous une allée couverte, près de Tours. À Saint-Antoine-du-Rocher, ou du Rosier, je sais plus trop. La « Grotte-aux-Fées », qu’on l’appelle. Un dolmen encore en activité, visiblement, et à l’entré duquel on annonce que des « cérémonies » druidiques s’y sont maintenues jusqu’en 1989.

-Et ça disait quoi ?

-« Bienvenue chez les Fous ! », tout simplement.

 

18/04/2012

Au temps des cerises...

Soyez bref, qu’ils disaient.

On vous met un clavier et un écran, à disposition, pour vous entraîner.

M’entraîner à quoi, en fait ?

Raconter n’importe quoi ?

Tout le monde le fait.

Dire des choses essentielles ?

Tout le monde s’en fout, d’abord .

L’essentiel, c’est d’être bref.

De noircir le plus vite possible et avec le moins de coquilles possible une page d’écran.

De réagir, illico subito, à la moindre variation de l’indice cérébro-spinal décortiqué par les rubriqueurs patentés de l’immensité Ouebienne.

Désert pixellien…

Sans commentaires.

Sans dialogue.

Comme tout un chacun, seul devant son électrosmog bleuté s’imaginant tenir quelque part un fil conducteur.

Une présence.

 

 

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Invisible. Virtuelle. C’est à dire fantasmée.

Non. Si vous avez suivi jusqu’ici, ne cherchez plus le moindre sens.

Y’en a pas.

Je fais de la figuration.

Il y a , ici, peu importe où c’est, un dehors.

Celui-là bouge. Vibre. Vit.

Il passe en peu de temps d’un vent piquant, chargé d’effluves marins, à une pluie abondante qui réveille la peau, et décharge les cheveux de toute l’électricité statique que ces foutus écrans y ont posée.

Il passe du gris au bleu, du bleu pâle au sombre, et parfois d’une trouée le soleil se déverse.

Soleil printanier.

Appel à vivre.

Et d’un coup éclatent les étincelles.

Étincelles de vie, jaillissant sur le pseudo-bois du pseudo-fonctionnel mobilier d’ahanage, se pourchassant dans un joyeux désordre, disparaissant en moins d’i-un seconde pour rejaillir de plus belle, transformant en toile de Van Gogh l’horizon délimité de la Sainte Production.

Appel à vivre.

Un moment. Une pause. Le vent dit « stop ». La pluie dit « arrête ».

Ecoute. Ce qu’ils veulent définitivement fazire taire.

Ton cœur.

Tes sens.

Ta perception, la tienne.

Pas celle d’un gadjette électrique censé te dire ce que tu dois ressentir.

Pas celle d’une éminence grise perchée sur sa montagne, qui ridiculise tes pauvres mots sous le poids de sa science.

Qu’en est-il du printemps ?

Qu’en est-il du temps des cerises ?

Qu’en est-il des lèvres rouges et charnues d’un amour de rencontre, quelque part sous un cerisier au cœur de la Provence ?

Que reste-t-il de nos émotions ?

Ils disent que nous ne sommes qu’un ensemble aléatoire de réactions chimiques et électriques.

Ils nous l’assènent tous les jours, sur tous les modes connus, du fond de leurs cerveaux désséchés comme de vieilles noix.

Ils disent : « résignez-vous ».

Soleil à nouveau, en temps réel. Ou peu s’en faut.

Je dis, moi, que le soleil nous parle.

Que le vent nous parle.

Que la sève printanière nous gonfle le cœur.

Que l’amour partagé nous laisse éperdus de reconnaissance envers l’univers entier.

Que le temps des cerises revient.

Et que les belles auront, à nouveau, la folie en tête….

 

10/04/2012

Trente Mars Douze : Ecrire pour être lu.

      -Tu aurais voulu quoi, finalement ?

      -Je n’en sais rien. Franchement. Je le sens,c’est tout. J’en sais rien, je dis, et en même temps  je le sais très bien. Ecrire, ça c’est sûr. Parce que j’ai ça dans la peau, comme la musique, aussi fort que la musique. Et en même temps, être lu. Partager. Pas  de sens d’écrire seul dans son coin, pas plus que de faire de la musique dans sa salle de bains. Ecrire, pour dire quelque chose. Qui touche à l’essentiel, à la source, aux racines du Vivant. Ce genre de conneries, là.

        -Pourquoi, conneries ?

        -Parce que c’est pas Tendance. Ça marche pas. Ça ne marche plus, plutôt. Ça ne les concerne pas. Regarde. Ceci, est-ce qu’ils vont lire ? Même pas. Ils vont le zieuter, le scanner. Et ils réagiront à un mot, à une virgule. A un blanc. Réagir. Concurrence d’egos.  Ils ne capteront rien de l’essentiel.

        -Tu exagères, quand même. Y’en a qui saisissent.

        -Ils sont rares. Regarde ici,  autour de toi. On est dans le TGV, on vient de quitter Reims, on va sur Paris-Est. Ils sont en train de s’installer, chacun à sa place fixée par l’Autorité. Et ils sortent tous leur chapelet...

        -Vois pas de chapelets, moi ...

        -Regarde mieux. Tous les trucs pour être ailleurs, pour ne pas être présents, ici et maintenant, dans ce train entre Reims et Paris.  C’est ça que j’appelle les chapelets. Tous les I-quelque chose –ipode, ifone, tous ces noms angliches, comme par hasard...Casques, claviers, portables...Toute la panoplie des Vrais Croyants, comme les chapelets dans ma jeunesse.  Pourtant, il y a  encore des fenêtres, dans ces imitations de trains, même si de moins en moins. Il y a d’autres gens. Des regards à croiser. Des sourires à échanger. Des rencontres à faire.  Ils ne le feront pas. Sont dans leur bulle, leur cocon, Désespérément seuls, convaincus de »communiquer » avec l’univers entier. Coupés de tout. Ça me fout le bourdon., tiens...

 

 

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        -Exagère pas. Il se passe quand même parfois quelque chose.

        -Oui. Mais honnêtement, je me demande comment.

        -Bon. Tu as quand même, un beau jour, commencé ce blogue, là.

        -Oui. Et d’autres. Trois, en tout. Je voulais amener un point de vue différent sur l’actualité, le monde, la nature, les gens. Les gens dans la Nature. La Vie. La Joie. Comment on vit, comment on souffre.  Mais ils ne savent même pas qu’ils souffrent. Et...C’est quoi ce bidule ?

        -Un micro. Faut t’habituer à causer là-devant, ça fera du bien à ton narcissisme.

        -Bon. On rentre en spectacle, alors ?

        -De toutes façons, tout est spectacle, de nos jours. Alors...Tiens, considère ça comme une thérapie.

        -Bon. Je disais quoi ?

        -Tu parlais du blogue. Des gens qui sont pas là...

        -Ouais. Alors, imagine, une fois. Je sors mon harmonica. Ici. Je commence un blues. Il se passe quoi ?

        -Ils applaudissent !

      -Dans le meilleur des cas. Mais, de nouveau, c’est créer la distance. On est pas dedans, on ne rentre pas dans le blues. On est dehors.

On ne part pas en transes, on applaudit.

On dit « bravo l’artiste », ce qui permet d’éviter le collectif, de tout ramener à un individu, censé, bien sûr, avoir une espèce de don magique. Et on paie en frappant les mains, en rendant le soi-disant artiste narcissique....

Avant la guerre de 14, dans les campagnes, personne ne savait ce que c’était, d’applaudir.  Le spectacle, maintenant, c’est ça. L’artiste d’un côté, le public de l’autre. ..

Non. Le plus probable, c’est qu’ils vont vite réaliser que c’est pas un animation programmée, et ça va les agacer. On me demandera poliment de la boucler, parce que je les empêche de jouer avec leur chapelet. Et, à cause de tout ça, on fait des blogues. Dans des structures qui sont prévues pour que, justement, on puisse un peu décharger sa colère, sa tristesse. Et, souvent, sa haine et sa frustration.

        -Prends-le comme un exercice, bêtement. Peu à peu, tu apprivoises les mots.

        -Pas faux. Mais en même temps, quasi forcé, je pense à l’audimat. Le plus grand des pièges. Est-ce qu’ils me lisent ? Qu’est-ce qu’ils en pensent ?

        -On aime pas faire des trucs qui servent à rien, c’est vrai.

        -Ouais. Au départ ; ils disaient « votre journal intime sur le Net ». et beaucoup ont couru. C’est vite devenu une chambre d’échos à commérages planétairement locaux. Ou un étalage de narcissisme dans un contexte de concurrence féroce entre egos. Tout autre chose que le vieux journal intime qu’on écrivait seulement pour son ange gardien.

        -Ou les archéologues du futur.

        -Si tu veux. Mais là, non. C’était, déjà au départ, tellement foutu que je me demande si c’était pas délibéré, une manipulation de plus.

        -Délibérée ?

        -Oui. Vous êtes le centre du monde. Parlez de vous. Vous êtes le plus beau, le plus fort. Le plus adapté.

        -Le client est roi, en somme ?

        -En quelque sorte. Reste à savoir de quoi....