19/02/2015

Est-ce qu'on ?

Est-ce qu'on ?
Est-ce qu'on en parle ?
Mais...
Mais de quoi ?
De...
On en parle.
Tous les jours, à longueur de page.
De colonnes. De commentaires et de réactions aux commentaires.
De " mise à jour du statut ".
On aligne les pixels de mots formatés, prêts à l'usage.
De mots passés à la rôtissoire " high-frequency " du Pensé-Correct.
Correct. Comme-il-faut.
Et on en parle, bien sûr.
De quoi ?
Qu'êtes- vous pour demander cela ?
Que demandez-vous, vraiment ?
Qu'espérez-vous ?
Qu'attendez-vous ?
" De quoi ? ", mande à nouveau le Chœur.
Chœur de choryphantes avides de sens, avides de remplir un vide qui ne cesse de croître au point d'être devenu la seule religion admissible.
La seule Foi tolérable, celle qui fait de l'être un néant et de l'obscurité le soleil radieux des Lumières.
" De quoi ? "
Et le Chœur de clamer :
" Et toi, qui es-tu qui t'en viens troubler nos certitudes ?
Qui es-tu, qui tentes de nous chavirer à l'aide de vagues non cotables à la Bourse du Bien-Être Par Le Développement Personnel ?
Qui es-tu pour venir porter le fer de tes mots au coeur de nos cocons dont les traites sont encore si loin d'être échues ? "
Qui je suis ?
Que vous chaut ?
Le savez-vous, vous, qui vous êtes ?
Je suis la forêt avant que d'être l'arbre.
Je suis l'océan avant que d'être l'onde.
Je suis la pluie avant que d'être la source.
Et le Chœur de surenchérir :
" Vanité ! Tu n'es que vanité !
Nous sommes la sagesse. Nous, nous sommes ceci, nous sommes cela, au fil des bienveillantes injonctions de nos dévoués gardiens, sereines étoiles de notre univers scintillant "
Et alors ?
Est-ce qu'on en parle ?
Le tintamarre de vos paroles est une insulte au silence de l'immensité.
Mais vous...
Revendiquez le " droit à l'insulte "
Et d'appeler cela  " liberté "
Le droit de faire souffrir
Et d'appeler ça " amour "
Le droit de tourner le dos
Aux frondaisons enchantées
Aux rondes des fées dans la douce lumière des nuits d'été
Aux sources chaudes qui éveillent les coeurs
Et de ça
En parlez-vous ?


17/07/2006

Le grand courant

C'est par où, l'immensité ?

Faut pas grand chose...Une salle de fêtes perdue au mileu d'un village, une salle avec sa scène et dessus quelques musiciens, dans la salle des danseurs et des rires, des palabres et des vannes, dans les yeux quelques étincelles et dans les verres du rosé sec ou de l'eau pétillante...

Une salle navigant de toutes ses tuiles dans le grand courant....

Et à la porte un escalier guidant la descent vers une placette encerclée de vieux arbres agrippés au ciel de toutes leurs branches....

Et au bord de l'escalier un parapet...

Je m'y assieds, face au crépuscule lumineux, et je suis pris par l'immense courant de la vie qui coule en moi, je nage dans ce courant, émerveillé....

Je nage dans la lumière du couchant, accompagné par le souffle paisible des grands arbres bienveillants, dont la ramure va me préserver encore un moment des gardiens de l'Ordre Lumineux...

Dans mon dos la lune se lève et c'est une autre note...

Et c'est là que vient cette envie de n'être plus rien d'autre que cette joie.

Parfois la vie est infiniment belle....