31/10/2015

Samain

Visite au cimetière, au début de la nuit.
Des gens circulent dans le noir, entre les tombes. On vient rendre visite.
De ça, de là, une lampe de poche. Quelques rires discrets. Et quelques pleurs aussi, plus recueillis.
Une bougie allumée, sur l'une ou l'autre tombe.
Et d'un coup les cloches de l'église toute proche.
Et, plus tard, de maison en maison, des groupes d'enfants, de jeunes, grimés parfois avec beaucoup de soin.
En quête de bonbons, de friandises.
Silencieusement.
Il y a longtemps qu'on a perdu nos belles chansons de quête.
Mais paisiblement. Avec en eux comme le reflet d'une lumière.
Cela, ce n'est pas "Halloween", "api-allowine".
Tout cela, c'est Samain.
Ou Sa Main... ?

22/04/2013

Sac à dos

        »Monsieur ! »

  Et merde !

         »Votre sac, s’il vous plaît ! « 

    Fallait s’en douter. On rentre pas comme ça dans un temple de la Consommation. Y’a une épreuve. Faut faire comment ? Siffloter en regardant en l’air ? Non, ça c’est bon pour attirer la Zécurité, sans tarder. Baisser la têt en regardant ses pieds. Trop humble...question de nature.

    Et le sac reste là, de toutes façons. Vissé au dos, comme la bosse du dromadaire.

Je la regarde. Pas de plaisir particulier dans le regard. Plutôt l’ennui profond de celle qui, non seulement, se tape un boulot déjà éreintant, mais en plus doit appliquer les consignes venues d’un bureau quelque part, là-haut, dans les Olympes managériales où des tas de duveteux billets de banque forment des nuages où se prélassent les Saints Actionnaires.

    Bon. Ça se comprend. Du coup, la colère qui  enflait dans la poitrine, question de tempérament, de nouveau, se mute en profond soupir de lassitude...A force, aussi, on s’habitue. Je lui tends mon sac en esquissant un vague sourire.

    Et repars faire mes dévotions dans ce sanctuaire voué au Bricolage. Entendez par là, réparations d’urgence à faire obligatoirement soi-même parce qu’on a pas les moyens de payer un professionnel, et que le proprio s’en tape.

    Corvée particulièrement sordide pour ceux qui, comme moi, ont raté la distribution de cette grâce virile qui permet de faire, d’instinct, la distinction entre fil rouge et fil bleu, boulon de huit et clé de quinze, pôle positif et pôle négatif. Je suis déjà bien content quand j’arrive à enfoncer un clou sans perdre pour quelque temps l’usage d'un doigt ou deux...

    Mais, hélas, même les dévotions ordinaires aux dieux de la technologie domestique sont devenues hors de prix. Y aura qu’à faire comme d’hab, laisser les chose en plan en comptant d’une part sur l’inertie naturelle de la matière non-organique, et, d’autre part, sur l’offrande d’une bougie à Sainte Rita, patronne des causes perdues, à Saint Joseph, patron des bricoleurs, et à Saint Antoine, ce dernier à tout hasard.

    Retour à la caisse. Elle y sont à deux, maintenant, elles papotent.

    Je récupère mon sac. Et puis, tant qu’à faire, vu qu’y a pas foule, je leur fais un petit numéro improvisé de théâtre de rue.

         « Quand même... ! »

    Attention captée. Elles me regardent.

          « Imaginez. Disons que je veux piquer un truc, par exemple... »

    Et en avant. Contorsion du dos pour retirer le sac à dos. Flexion du bassin pour le déposer à terre. Manœuvre accroupie pour l’ouvrir. Position debout et extension pour porter la main à un rayon fictif. Nouvelle flexion pour rentrer l’objet censément volé dans le sac. Fermeture du sac, accroupi au sol. Retour à la positon verticale, accompagné de contorsions du tronc pour remettre le sac sur le dos. Fin de la démonstration. Puis je montre mon sac musette. Sac à main, qu’on ne contrôle jamais nulle part, là où se blottissent les précieuses cartes, bancaire, d’identité, de crédit, de fidélité, de mutuelle, de conformité numérique.

          « Là, on ouvre, on enfourne, on ferme, ni vu ni connu. Vous devez les contrôler, les sacs à main ? « 

    Signe de tête négatif. La caissière hausse les épaules. Visiblement, elle s’est déjà fait le même raisonnement. Evident. Logique.

          « On doit faire comme ça... »...L’air de dire, ça ou peigner la girafe.....

    Puis un rapide échange complice sur la déraison manifeste de tout ce qui occupe, dans l’échelle de la hiérarchie, un perchoir sans contact avec le sol...

    Allez, bonne journée....

    Et une fois dehors, réflexion. Solitaire....

    Déraison manifeste ? C’est sûr, ça ?

    Pas tellement.

    Qui se balade avec un sac à dos, de nos jours ?

    Un sac à dos contenant quelques affaires, un ciré pour la pluie, un polo pour le froid, une bouteille d’eau, quelques courses pour le soir ?

Fastoche.

    Quelqu’un qui n’a pas, à portée de la main, une automobile pour y mettre tout ça.

    Quelqu’un, donc, dont le pouvoir d’achat n’est pas assez attractif pour intéresser les propriétaires des grandes surfaces.

    Le sac à dos est un signe extérieur de non-richesse, si pas de pauvreté.

Pardon.

    De nos jours, on peut plus dire « pauvre ». Il faut dire « économiquement faible ».

( Ou "looser", pour rester linguistiquement correct )

Economiquement faibles, donc, qu’il faut dissuader d’une manière ou de l’autre de se pointer dans ces temples brillamment illuminés, vibrant d’une musique céleste, où tout n’est qu’ordre, beauté, et extase consommatoire.

    Et, jusqu’à nouvel ordre, en matière de dissuasion, c’est toujours les vieilles recettes qui marchent le mieux. L’humiliation, par exemple.

    Et, en l’occurrence, double humiliation.

    Celle qui consiste, pour une catégorie de « clients » ( pourtant roi, paraît-il ) , à se sentir désignés comme voleurs potentiels.

    Celle des travailleurs, qui se voient imposer une tâche « sécuritaire » n’ayant rien à voir avec leur travail réel...

    C’est bien foutu, quand même, la société du « bonheur pour tous. »

18/04/2012

Au temps des cerises...

Soyez bref, qu’ils disaient.

On vous met un clavier et un écran, à disposition, pour vous entraîner.

M’entraîner à quoi, en fait ?

Raconter n’importe quoi ?

Tout le monde le fait.

Dire des choses essentielles ?

Tout le monde s’en fout, d’abord .

L’essentiel, c’est d’être bref.

De noircir le plus vite possible et avec le moins de coquilles possible une page d’écran.

De réagir, illico subito, à la moindre variation de l’indice cérébro-spinal décortiqué par les rubriqueurs patentés de l’immensité Ouebienne.

Désert pixellien…

Sans commentaires.

Sans dialogue.

Comme tout un chacun, seul devant son électrosmog bleuté s’imaginant tenir quelque part un fil conducteur.

Une présence.

 

 

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Invisible. Virtuelle. C’est à dire fantasmée.

Non. Si vous avez suivi jusqu’ici, ne cherchez plus le moindre sens.

Y’en a pas.

Je fais de la figuration.

Il y a , ici, peu importe où c’est, un dehors.

Celui-là bouge. Vibre. Vit.

Il passe en peu de temps d’un vent piquant, chargé d’effluves marins, à une pluie abondante qui réveille la peau, et décharge les cheveux de toute l’électricité statique que ces foutus écrans y ont posée.

Il passe du gris au bleu, du bleu pâle au sombre, et parfois d’une trouée le soleil se déverse.

Soleil printanier.

Appel à vivre.

Et d’un coup éclatent les étincelles.

Étincelles de vie, jaillissant sur le pseudo-bois du pseudo-fonctionnel mobilier d’ahanage, se pourchassant dans un joyeux désordre, disparaissant en moins d’i-un seconde pour rejaillir de plus belle, transformant en toile de Van Gogh l’horizon délimité de la Sainte Production.

Appel à vivre.

Un moment. Une pause. Le vent dit « stop ». La pluie dit « arrête ».

Ecoute. Ce qu’ils veulent définitivement fazire taire.

Ton cœur.

Tes sens.

Ta perception, la tienne.

Pas celle d’un gadjette électrique censé te dire ce que tu dois ressentir.

Pas celle d’une éminence grise perchée sur sa montagne, qui ridiculise tes pauvres mots sous le poids de sa science.

Qu’en est-il du printemps ?

Qu’en est-il du temps des cerises ?

Qu’en est-il des lèvres rouges et charnues d’un amour de rencontre, quelque part sous un cerisier au cœur de la Provence ?

Que reste-t-il de nos émotions ?

Ils disent que nous ne sommes qu’un ensemble aléatoire de réactions chimiques et électriques.

Ils nous l’assènent tous les jours, sur tous les modes connus, du fond de leurs cerveaux désséchés comme de vieilles noix.

Ils disent : « résignez-vous ».

Soleil à nouveau, en temps réel. Ou peu s’en faut.

Je dis, moi, que le soleil nous parle.

Que le vent nous parle.

Que la sève printanière nous gonfle le cœur.

Que l’amour partagé nous laisse éperdus de reconnaissance envers l’univers entier.

Que le temps des cerises revient.

Et que les belles auront, à nouveau, la folie en tête….

 

21/12/2011

Ceci...

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18/08/2011

Don't Move, You F... Sheep !

        Je suis assis sur un banc, devant la gare, et je fais ce que font les prolos sur le temps de midi : je grignote mon casse-dalle.
        C’est un passe-temps assez courant dans les classes laborieuses, et, en l’occurrence, il s’agissait de Taboulé de chez Ladil©, le moins cher et qui fait pas mal au ventre après.
       Précisions. Le temps était au soleil, chose rare, et je m’étais assis à l’ombre, non loin de ces bizarres colonnes fluo qu’ils ont installées devant les gares, va savoir pourquoi, je soupçonne pour ma part les classes dirigeantes de s’adonner en secret à quelque culte sataniste dont nous sommes les brebis vouées au sacrifice, ce que l’actualité récente ne dément pas vraiment.
       Donc…
       Je mange.
       Sur le banc d’à côté, une dame, et un gamin.
       Assez jeune, la dame. Le gamin, du côté des six ans, sept à tout casser.
       L’âge où, rien à faire, ça bouge, et c’est bien la preuve, là, que Dieu est grand.
       La dame, par contre, ça bouge pas. C’est imposant. Énorme. Immobile.
       Et j’en viens perfidement à me dire que la dernière fois qu’elle a bougé, ça devait être voici six ou sept ans, vu l’âge du gamin. Du coup mon ange gardien  m’agite sous le nez un doigt réprobrateur.
       Bon. Je me replonge dans ma gamelle de chez Ledèze®, je mâche bien, en laissant mon regard errer sur le ciel lumineux, les colonnes fluo, les hirondelles qui se rassemblent, la couleur des feuilles, les belles qui déambulent, tout ça…
        « Bouge pas » !.Un ton sec, haineux. Ça vient du banc d’à côté.
        « Bouge pas, je te dis ! »
       Le gamin veut se lever, courir, gambader, faire ce que font les gamins bien portants, quoi.
        « Je te dis de pas bouger… !! »
       Là, c’est moi qui ai peur. L’injonction vient de si loin, d’un espace si sombre, si plein de frustrations, de haine profonde, viscérale, de tout ce qui bouge, vit, palpite, est chargée de tant de haine, de colère que j’en frémis.
       Et les claques suivent. Le gamin pleure…
       Cinq minutes après, il est hors de portée, court sur l’esplanade…
       Et la mère de replonger en une mortelle immobilité …

       PS : Je dédie ce billet à Lord Voldemort Cameron, à tous ses émules dont le mot d’ordre est « ne bougez pas », et surtout à tous ceux et toutes celles qui refusent d’obéir…

06/05/2009

Une boussole dans le coeur

Ça fait longtemps que je ne t’ai plus écrit...t’as dû t’en, rendre compte en te précipitant dans le petit matin blême et froid vers ta boîte aux lettre, après le passage du facteur. C’est vrai qu’il passe plus très souvent, maintenant...Et qu’en dehors des pubs personnalisées et des factures, il ne distribue plus grand chose. D’intéressant en tout cas, parce que les pubs , ça en fait beaucoup, du poids . Bon.
       Donc tu ne précipites probablement pas dans le petit matin, toujours aussi blême et frisquet, ceci dit.
       J’avais plus fort envie d’écrire. A quoi bon...Et je savais plus non plus trop quoi dire. Mais voilà qu’il m’est arrivé un truc. Un truc bizarre. Et plus j’y réfléchis, plus je me dis que c’est vraiment un drôle de truc.
       Bon, Je te raconte.
       Tu connais, je suppose, le Cap gris Nez. ? Ouais, c’était le but d’excursion  tout trouvé les jours de temps pas trop beau, venteux et un peu couvert, quand on passait ses vacances à la mer du Nord. Mais tu passais peut-être pas tes vacances à la mer, toi ? En fait, j’en sais rien. C’est fou quand même qu’on peut se connaître depuis des années et ne pas savoir des stûtes pareils.
       Bref. On montait dans la deuche du frangin, on allait jusque Calais, on grimpait le Cap Blanc Nez. On se prenait une bonne claque de vent dans la tronche et les jours pas trop bouchés on zyeutait au loin les falaise de la perfide Albion. Au retour au ramenait des raisins et un bouteille de pastis qu ma mère planquait quelque part avant la douane, non, monsieur, on a rien à déclarer, nous.... Je me rappelle plus au juste où elle la planquait, la bouteille. J’étais un enfant plutôt coincé.
       Parfois on allait jusqu’au Gris-Nez C’était un rien plus loin, et moins spectaculaire...
Des années après, je me suis rendu compte que c’était là le vrai cap..Parce que c’est là le tout dernier bout de l’Atlantique, qui sort le doigt de sa Manche et chatouille notre Mer du Nord du bout de l’ongle.
       Et bon. L’autre jour, j’y étais. Une chtite semaine en famille à Wissant, à manger les meilleures moules et les meilleures frites du monde, arrosées de muscadet c’est le paradis. D’ailleurs c’est tout un peu le paradis, par là. Mais faut pas trop le répéter. Que les autres continuent à aller en Espagne, oui oui...Le moule-frites à Torremolinos est aussi bon qu’à Blankenberge, d’ailleurs...
       Mais bon, bref, derechef.
       Alors voilà...Un bon jour bien venteux, je vais au Gris-Nez, pieds nus dans les vagues en prenant tout le temps de regarder le ciel, les nuages, de me faire engueuler par les mouettes ( je le leur rends bien, par ailleurs ), de me saoûler à l’air  marin...
       Le vent est plutôt doux, printanier.
       J’arrive au Gris-Nez, je quitte la plage. Un regard ému au bistrot qui surplombe la petite plage, La Sirène, il s’appelle. C’est là que voici des années je me suis foutu une tamponne de Taranis en compagnie du fils à Raoul et des ses copains, au hasard d’une randonnée qui m’avait mené, moi et le violon, de Coxyde à la baie de Somme.
       Je traverse le cap, passe sous la station de repérage, ( un panneau explique en quelques langues à quoi ça sert, le trafic dans la Manche, tout ça ) , et là, de l’autre côté, c’est l’immensité océane...
        Enfin, c’est comme ça que je le sens, moi...
        Le ciel est bleu, un peu voilé...Le soleil est là, tout doux. Et ça vente un paquet d’air marin qu’on le boirait à la paille pour le faire durer...
       Je prends le sentier côtier, qui va vers Boulogne. Les abords de la station sont trop clean pour moi. Sentiers goudronnés, balisés, sécurisés. Belvédères ceinturés de clôture, pas trop hautes, il est vrai, et en bois.
       Après une centaine de mètres, je m’écarte du chemin et m’installe au bord de la falaise. Et là, debout, appuyé sur mon bâton de pèlerin, je respire à plein poumons. A donfe. Que chaque cellule de mon corps puisse jouir de sa dose d’air, de vent et de ce pétillement lumineux qui en fait la trame.
       Je suis là, totalement dans cette immensité bleutée. Peu à peu je suis pris par le soleil et le vent. Une heure, peut-être, d’abandon progressif avant que la joie ne jaillisse, tout au fond de ma poitrine.
       Le doigt de l’infini fusionne avec mon coeur. Joie immense. Je ris et je pleure en même temps. Orgasme de l’être. Et tout au bout, tout au bout –c’est là que ça devient inhabituel- une sensation d’amour. Plus.que ça : la certitude d’être aimé. Ça ne m’était jamais arrivé, ça.
       La joie, oui. Rire et pleurer de tant de bonheur, oui. Mais cette indiscutable sensation d’être aimé de ce qui me touche, non.
       J’ai beau savoir qu’en définitive « ce n’est qu »’une osmose , une fusion entre mon énergie et l’énergie cosmique, j’ai beau « savoir », je me sens bouleversé. Comme après l’amour. Ravi, au juste sens de ce mot.
       J’ouvre les yeux. Je ne suis plus seul. D’autres gens sont venus, attirés par je ne sais quoi, peut-être la sensation confuse qu’il se passe là quelque chose d’important, qui pourrait les concerner aussi. Ils sont là, ils regardent vers l’immensité, sans trop savoir que faire. D’autres qui s’essaient à se perdre, comme ils peuvent.
       Moment magique, comme il en arrive parfois dans un concert, dans une rencontre.
Je referme les yeux et mon être boit encore à la source. Encore un long moment de joie inexprimable. Puis je me décide à m’arracher. Je suis de nouveau seul, les autres sont partis sur la pointe des pieds. Je remarque alors combien ils étaient silencieux, ces gens.
       Chemin faisant, je m’arrête de nouveau, le temps d’un dernier regard reconnaissant.
Sur un banc, une dame. Elle me dit qu’elle resterait là toujours. Elle aussi, elle sait. Pas besoin de mots. C’est au-delà.
       Je rentre, le long de la mer, pieds nus dans l’eau froide.
        Et puis, les questions, idiotes. C’est quoi qui fait ça ? Le lieu ? Un ancien site sacré, mégalithique, tellurique ?Le moment de l’année. Vrai que c’est la première pleine lune de printemps, celle dont les Chrétiens ont fait Pâques, où l’on bénit toujours l’eau et le feu.
       Est ce l’Eveil, ce truc dont les Bouddhistes parlent en se tapant sur les cuisses tant ça les fait marrer ?
      Et bon, la suite, tu imagines. Je reviens à Wissant nuit tombante. On va se manger un moules frites. Je continue les jours suivants mes balades méditatives. Je chante à tue-tête en me faisant engueuler par les goélands. Je me baigne même une fois ou deux. Puis on revient. Les routines reprennent. La vie de tous les jours. Mais depuis je suis incapable de voir le monde, les gens, de la même manière.
      Comme si le doigt de l’Océan avait fait fleurir une boussole dans mon coeur.
Voilà. Tu me connais, c’est difficile de trouver un mécréant pire que moi. Mais y a des fois, quand même, je me demande. Et si c’était pas comme on croit ? Si en réalité, tout était d’une simplicité tellement évidente que nous sommes incapables de le voir ?
       Et si c’était ça, la révolution ? S’arrêter ensemble et tous s’ouvrir au chant du monde ?

06/01/2009

Risquer la Vie...

   J'ai cherché la rencontre.
       Cherché de toutes mes forces, avec conviction, avec la certitude que ce n'était qu'une question de temps...
       Dans tous les lieux où, autrefois, en d'autres temps, la Rencontre pouvait survenir, et puis je me suis rendu compte que ces lieux de rencontre - les cafés, la rue, les trains, les bus, les cinés, étaient ou bien désertés, délaissés, ou bien transformés en lieu de passage, espaces de transit, relais virtuels où des gens pressés de quitter leur cocon obligatoire du boulot pour s'enterrer dans leur cocon "librement choisi" laissent traîner des odeurs de désinfectants corporels, se protégeant chemin faisant derrière un ordinateur portable, un MP3, ou manipulant un GSM comme jadis les bigots égrenaient leur chapelet....
      J'ai cherché la rencontre.
      Trop de solitude, trop longtemps, pas fait pour ça....
       En moi trop de choses à partager, trop de joies, trop d'émerveillement, de goût de vivre à donner.
      Trop de ces choses qui s'aigrissent et font mal quand on ne peut les donner, qui alors serrent le cœur et le ventre en une carapace de chagrin...
       Et bon.
       La rencontre n'est pas venue, et je doute maintenant qu'elle se produise un jour.
       J'avais fini par faire comme tout le monde.
       Internet. On m'avait dit, "ça marche, tu sais !", preuves à l'appui.
       Alors, en avant, marche.
       Et bien sûr, je n'ai trouvé personne.
       Contacts fuyant comme poissons d'argent porté par la vague.
       Contacts virtuels et ne demandant qu'à le rester.
       Echange de phrases sans lendemain.
       Rien de consistant.
       M'en suis très vite lassé, sans compter que le clavier prive du plaisir même de dessiner ses mots.
      J'ai laissé trainer des "profils".(Appelons ça, si vous voulez bien, le Curriculum Vitae du candidat à la rencontre. )
      J'ai reçu quelques messages, à force...mais jamais la mayonnaise n'a pris...
       Le plus fou, ce sont ces messages d'encouragement...
       "J'aime bien ton profil. Bon courage dans ta recherche..."
       Et merde ! Je suis pas trop bien pour vous, quand même ?
       Mais j'en crève, bordel, j'en crève !
       Jamais rien trouvé d'autres que de lointains échos qui se perdent quand un être de chair et de vent, de terre et de lumière tente de les approcher .
      Et je me demande...
      La réalité fait-elle peur ? Le réel ?
      Sommes-nous, moi , et peut-être quelques autres, trop réels dans un monde qui perd sa consistance à mesure qu'il se change en argent, au point même que l'argent n'a plus d'autre consistance que celle de megabytes à transmission virtuellement instantanée ?...
      Que reste-il à toucher dans ce monde ?
      Pourquoi ?
      Les regards se fuient, d'évitent, glissent les uns contre les autres...Et pourtant c'est là la première rencontre possible...
      Mais n'expriment-ils pas souvent la peur de l'autre, la peur de ce qui n'est pas le rassurant ego standardisé...
      Et pour les ceux comme moi je suis, c'est dur...je ne roule pas sur les rails, je ne partage aucune des croyances communes...je suis une sorte de faune des forêts, un lutin des bords de mer, fait de vent, de nuages, de terre, de vagues, de l'écume des vieilles légendes et de danses autour du feu, mon coeur est braise et mon corps désir d'un autre corps pour s'y fondre en courants d'étoiles....
     Mon être est doux et tendre, fou comme le vent du sud à la fin de l'hiver....Je ne suis ni macho, ni "viril", ni dur, ni jaloux....
    Je suis pétillant et joyeux quand le découragement qui est l'essence de votre monde ne me submerge pas....
     Et je vous le dis, ça n'intéresse personne...à la limite certains se sentent rassurés qu'il existe encore, malgré tout, des gens comme moi, de même qu'il existe encore des pandas et l'une ou l'autre baleine bleue...Anachronique...
     Et puis, ça fait peur aux belles....
     Oui...Je crois vraiment que ça vous fait peur, belles dames...Et vous fuyez...
Mais que fuyez-vous ?
     Ce qui pourrait s'éveiller en vous ?
     La fontaine jaillissante, contenue, retenue de force dans les profondeurs, et qui d'un coup risquerait de se changer en océan dont les vagues s'en iraient engloutir toutes ces certitudes acquises au prix de tant de renoncements oubliés ?
     Et dès lors vous vous taperez des machos, des mecs durs, "viril", impuissants, insensibles, espérant pouvoir un jour les faire fondre...Et c'est ainsi que l'on voit des femmes chaudes, sensuelles, aimantes, agrippées de toutes leurs forces à des blocs de béton...
     Moi je ne suis rien. Je prétends n'être rien d'autre que ce grand courant de vie qui se sert de moi...et je sais que ce courant fait peur, à moins de se laisser porter par un courant qui s'en rapproche...
     Et c'est là la rencontre. Deux courants qui s'attirent, deux courants de vie qui s'approchent et se touchent si on les laisse faire, et pour ceux qui les vivent -car les courants ne "savent" pas- la rencontre est inattendue, imprévisible, parfois bouleversante, surtout quand les corps se rencontrent...
     On ne peut en faire quelque chose de standardisé, stéréotypé, et c'est pourtant ce qu'"ils" essayent de vous faire croire, au risque de rendre toute vraie rencontre vivante impossible...
     "Cherche un tel, une telle, telle catégorie, tels goûts, telle pointure, fumeur ou non fumeur, tel âge, telle couleur de cheveux, tel signe, etc..." et ce ad nauseam, et nos marchands de bonheur prétendent qu'on le trouvera au bout de cette quête insensée de l'"alter" ego, bien nommé ici, l'autre soi-même, la copie presque conforme dont on pourrait même choisir les éventuelles divergences....en attendant le jour où nous serons tous des clones de la même souche industrielle...
     Arrêtez. Brisez ces miroirs qui ne vous font voir qu'un ego de catalogue...
     Ouvrez les yeux.
     Osez voir les regards que vous croisez...certains sont lumineux...Quittez les rails des magazines, des spots télé, des modes préfabriquées, des conseils bien intentionnés, des blouses blanches , des gourous et des thérapeutes de tout calibre...Ecoutez, sentez votre coeur et votre formidable pulsion de vie...
    Et le vent pourra à nouveau nous remplir de joie....

13/03/2007

Bougie...

J'ai allumé la bougie

Posé la feuille, pris de quoi écrire

Et j'écoute

En moi la vague reflue

Le ressac du silence ponctué par le battement d'un cœur électronique

Le chant des étoiles intérieures nourri de la pulsation d'un cœur de chair

Et je vois

La faiblesse de mes mots

l'impossibilité radicale de décrire la moindre des merveilles du vivant

L'impuissance à montrer la porte ouverte vers la chair bleue de la nuit scintillante

Et alors

Je trace des mots sans savoir

Fatigué des claviers où dansent les doigts sur des rythmes inventés au sommet de tours sans rêves

Les yeux épuisés à fixer des lignes qui se veulent messages et ne sont souvent que bouteilles lancées dans des vagues de fréquences cathodiques

je trace des mots

têtards cosmiques à la recherche de l'onde

dont certains survivront peut-être à la traversée du désert hertzien

et deviendront des germes

graines d'éveil pour des moissons lointaines

que revienne le temps des révoltes

le temps des filles rieuses

des étreintes tendres et joyeuses sous les cerisiers

le temps des danses et des grands feux

le temps des rondes océaniques le long des vagues constellées de lune

des chemins de traverse qui d'un seul souffle font basculer les citadelles invincibles

que revienne le temps des sourires complices

dans le silence tonitruant  de ce monde où on nous a volé la parole

ou dans le joyeux tintamarre des fêtes de quartier entre accordéon et barbecues

nous n'avons plus de temps à perdre

plus de temps à gérer consulter concilier conciliabuler consommer le dernier prêt à rêver pondu par le bureau d'experts du 340 ème étage à gauche près du trou NW 22 bis de la couche d'ozone

nous n'avons plus le temps de gravir les escaliers qui mènent aux plate-formes où ils se tiennent au-dessus des nuages

semblables croient-ils aux dieux qu'ils ont remplacés

réinventons nos chemins de terre

nos chemins de lichens et de landes battues par la tempête

nos chemins où même les quatre-quatre s'embourbent dans la magie des musiques vivantes

nos chemins fleuris de regards étoilés

nos chemins où serpente la vie

04/10/2006

Le feu sur la colline

J'ai poussé la barque sur la grève, puis j'ai traversé la plage, en direction des collines toutes proches. Aux dernières dunes commence le sentier. J'avance dans le douceur du crépuscule finissant. Tendresse de l'air, odeurs de lavande et de thym, de serpolet et de romarin, avec parfois comme une touche vanillée de genêt. Blancheur de la sente serpentant dans la lande. Au ciel, les étoiles s'allument doucement. Voici le flanc de la colline, pente douce qui semble appeler la caresse, bleu sombre sur la peau lumineuse de la nuit. Ascension, pas à pas. Souffle et fuite des cailloux blancs sous le pied. Le sentier raconte que parfois il se fait torrent et joue avec l'orage. Et au détour d'une pierre dressée, la colline devient plateau. Le regard bondit d'un coup vers l'immensité, la douce palpitation du serpent d'étoiles me court au long de l'échine...

Je ramasse un pierre blanche, la flatte un instant de la paume avant de la poser au sommet du cairn.

Un tas de bois, ceps de vigne desséchés, broussailles de toutes sorte et toute tailles. Je m'agenouille, gratte une allumette, allume quelques brindilles. Je souffle à la flammèche des sentiers de vent. Elle s'enhardit, devient flamme, découvre le ciel et d'un coup devient brasier. De grandes flammes chantent vers les étoiles en s'ébrouant dans des gerbes d'escarbilles.

Feu dans la nuit..

Flammes et étoiles, danse du brasier au mitan de l'univers...

Au loin, d'autres collines...

D'autres brasiers s'allument, se répondent, se cherchent. Feux hésitants sur des coteaux lointains, flambées franches sur des sommets éloignés, la nuit tout entière crépite au milieu du silence.

Debout face au foyer , ma flûte trouve le chemin de mes lèvres et mon cœur commence à chanter. Au delà de toute parole des notes s'en vont sur les courants qui les portent au loin. Espoirs et colères, tristesse et amertume, mais en fin de compte la joie...La joie de faire partie de cet univers merveilleux. Et l'appel à se battre pour cette joie, l'appel à tous ceux qui sont encore assez vivants pour savoir.

Et d'un coup le silence. La grande voix, basse, chaude, vibrante de l'univers...

Et puis au loin, d'autres sons...Tambours, pipeaux, cornemuses racontent à leur tour.

Longtemps je reste assis près de ce feu qui se fait braises, tandis que les échos s'apaisent doucement et qu'en fin de compte ne reste à nouveau plus que la pulsation du silence, tandis que vient le froid du petit jour...

Je me remets en route. Vers le bord du plateau, je passe le cairn et le sentier plonge vers la mer.

 

17/07/2006

Le grand courant

C'est par où, l'immensité ?

Faut pas grand chose...Une salle de fêtes perdue au mileu d'un village, une salle avec sa scène et dessus quelques musiciens, dans la salle des danseurs et des rires, des palabres et des vannes, dans les yeux quelques étincelles et dans les verres du rosé sec ou de l'eau pétillante...

Une salle navigant de toutes ses tuiles dans le grand courant....

Et à la porte un escalier guidant la descent vers une placette encerclée de vieux arbres agrippés au ciel de toutes leurs branches....

Et au bord de l'escalier un parapet...

Je m'y assieds, face au crépuscule lumineux, et je suis pris par l'immense courant de la vie qui coule en moi, je nage dans ce courant, émerveillé....

Je nage dans la lumière du couchant, accompagné par le souffle paisible des grands arbres bienveillants, dont la ramure va me préserver encore un moment des gardiens de l'Ordre Lumineux...

Dans mon dos la lune se lève et c'est une autre note...

Et c'est là que vient cette envie de n'être plus rien d'autre que cette joie.

Parfois la vie est infiniment belle....